Affaire Zogo Andela et les 20 bateaux

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ZOGO entouré de ses avocats

Halte à la manipulation et à la diversion !

Un collectif d’avocats internationaux de la défense du sieur Achille Zogo Andela  vient de jeter un pavé dans la mare, en adressant une lettre ouverte directement au chef de l’Etat. Question de clamer l’innocence de leur client dans cette affaire, tout en condamnant ce qu’ils considèrent comme une mascarade judiciaire, et surtout, en choisissant pour bouc émissaire, plusieurs personnalités y compris l’ancien directeur de la Caisse autonome d’amortissement, Dieudonné Evou Mekou, le neveu de Paul Biya. Dans le seul but d’éclabousser la famille présidentielle. Pourtant…

L’objet de cette missive datée du 12 mai 2018, et consignée depuis Paris, par Me Hakim Chergui, Me Joseph Breham, Me Calvin Job, Me Laurence Greig, Me Jean-Louis Jalady, tous  avocats aux barreaux de Paris et du Cameroun, résume à souhait l’intention des signataires : « L’on vous cache intentionnellement la vérité dans l’affaire dite des « 20 bateaux espagnols » », peut-on lire dès l’entame de cette « lettre ouverte à l’attention de son excellence monsieur le président de la République, Paul Biya ». Fidèle dans sa logique, sa conclusion suivra la même direction : « Monsieur le président de la République, nous pensons que le Cameroun mérite qu’on fasse justice à l’un de ses fils, illégalement embastillé pour servir de paravent à ceux qui corrompent et gangrènent vos efforts de réforme. Ce fils s’appelle Achille Zogo Andela et justice doit lui être rendue. C’est le sens de cette lettre, et la raison pour laquelle nous l’ouvrons à tous. Nous demeurons confiants, Monsieur le Président de la République, Votre Excellence, dans votre volonté de Justice et dans le soin que vous prendrez à faire cesser une parodie de justice qui nuit tellement à l’image du Cameroun et à celle de son indomptable peuple ».

Au regard de cette correspondance, on est aussitôt tenté de dire que leur client, le nommé Achille Zogo Andela, est juste un martyr, victime d’un procès kafkaïen, dans un pays où le droit et la justice sont totalement absents. Pourtant, il est accusé de détournement de deniers publics, à travers notamment le transfert dans son patrimoine personnel des 20 bateaux de pêche acquis par l’Etat du Cameroun, dont  il  ne devait  assurer que la location auprès des marins pêcheurs camerounais.

Des faits, plus que jamais, têtus !…

L’affaire remonte au 30 octobre 1996, lorsque,  dans le cadre d’un accord de crédit,  40 millions de dollars américains (Usd) sont octroyés au Cameroun par l’Instituto commercial official (Ico) du Royaume de l’Espagne, pour la construction de 20 bateaux de pêche par les chantiers navals espagnols, et destinés au secteur privé camerounais. A cette occasion, le ministre camerounais délégué auprès du ministre des finances d’alors, et la Société camerounaise de leasing maritime (Sclm),  représentée par Zogo Andela, signent de ce fait un accord de rétrocession. Par ce contrat de leasing, le gouvernement du Cameroun met à la disposition de la Sclm, les bateaux crevettiers objets du projet, contre paiement d’un loyer, jusqu’à couverture complète des charges relatives aux financements reçus de l’Ico, le loyer devant correspondre aux échéances de la dette vis-à-vis de l’Ico. A cet effet, il convient de rappeler que les ressources issues des locations devant ainsi servir à rembourser l’emprunt espagnol, un  montage financier a prévu l’ouverture d’un compte séquestre dans une banque locale, dans lequel devaient être versées toutes les recettes d’exploitation des chalutiers.

Pour la gouverne, Achille Zogo Andela était déjà propriétaire d’une entreprise de pêche dénommée Camecrus. C’est d’ailleurs fort de son expérience dans le domaine de la pêche maritime qu’il a bénéficié de ce privilège. En réalité, il se trouve que dans ce contrat, la véritable mission de la Sclm consiste à la mise du leasing à la disposition de tous les marins pêcheurs camerounais, afin de leur procurer des moyens modernes de travail. Mais seulement, très tôt, le directeur générale de la Sclm multiplie des subterfuges pour rouler l’Etat camerounais et les partenaires. C’est ainsi qu’il immatricule,  pour son propre compte, tous les chalutiers fabriqués et réceptionnés par ses soins en Espagne,  dès qu’ils arrivent au Cameroun, mettant ainsi en marge l’Etat camerounais dans cette affaire. C’est le cas de : Andela I, Andela II, Andela III, Sanaga I, Sanaga II, Sanaga III, etc. C’est aussi le cas de ses autres sociétés à l’étranger : Congocrus au Congo, Sénécrus au Sénégal…

Pourquoi Ndjankouo Lamaré, Ex Dg de la CAA, avait décidé de saisir la justice contre Zogo Andela

En 2002, lorsqu’Achille Zogo Andela est interpellé par la justice qui voulait en savoir plus sur « les 20 bateaux espagnols », acquis par l’Etat du Cameroun sur prêt espagnol pour un montant total de 30 milliards de Fcfa, y compris les 4 milliards du fonds de roulement. Des nuages épais et noirs sont alors constatés sur sa gestion.  Plus grave, aucun centime n’est jusque-là versé dans les caisses de l’Etat, pendant toute sa période d’exploitation des chalutiers, au point où l’Etat a puisé dans ses caisses pour honorer la dette générée par l’emprunt espagnol. Soit au total, environ 26 milliards Fcfa. Ce qui a amené le gouvernement à donner aussitôt des instructions, le 4 octobre 2002, pour la résiliation du contrat, ainsi que pour le recouvrement des arriérés de loyer, et la récupération des bateaux.

Par conséquent, dès le mois de mars 2003, les bateaux sont mis sous séquestre, et une lettre de résiliation du Chef du gouvernement du 23 juin 2003 est venue officialiser la dépossession de la Sclm des bateaux.

Le 10 octobre 2008, la Caisse autonome d’amortissement du Cameroun(Caa),  qui est  le garant de la dette publique, sous la houlette de son directeur général d’alors,  Ndjankouo Lamaré, va engager des actions  conséquentes  que son successeur Dieudonné Evou Mekou, aujourd’hui vice-gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac)   va tout simplement poursuivre. Ceci, dans le but récupérer lesdits bateaux,  et, par la suite, dépose  plainte contre le sieur Zogo Andela pour détournement de deniers publics et rétention sans droit de la chose d’autrui. En clair, on peut noter ici que c’est pour établir la vérité que la justice est à pied d’œuvre, Dieudonné Evou Mekou, n’ayant fait que son travail, en assurant la continuité du service public.

Voilà autant de récriminations qui sont imputés au sieur Achille Zogo Andela, actuellement en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui, pour détournement de deniers publics et détention frauduleuse de biens appartenant à l’Etat du Cameroun ; non versement au trésor public des recettes d’exploitation des 20 chalutiers susvisés, dont la gestion lui incombait. Sans oublier que l’autre fait à  lui reproché, c’est d’avoir astucieusement fait sortir les bateaux du Cameroun pour les faire exploiter dans différents pays africains.

Le 29 mars 2011, il est interpellé à son domicile à Douala par la police judiciaire et transféré à la direction de la police judiciaire à Yaoundé.

Le 30 mars 2011, Zogo Andela est présenté au procureur de la République du tribunal de grande instance du Mfoundi, à Yaoundé, et est inculpé pour « détournement de deniers publics » et de « rétention sans droit de la chose d’autrui », et placé en détention provisoire. Le 31 mars 2011, le juge d’instruction ordonne le gel de tous les comptes bancaires de Zogo Andela, et ceux de toutes ses entreprises. Le 14 novembre 2011, une perquisition et une saisie sont effectuées à son domicile, suite à une commission rogatoire.

Pour l’heure, la justice poursuit ses investigations, afin de réunir tous les éléments nécessaires pour rendre son verdict.

                                                                                                Prince Will Tabi

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