ALLEGEANCE A L’ETAT ISLAMIQUE

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Impact et enjeux de la nouvelle alliance de Boko Haram

bokAbubakar Shekau le leader de la très redoutable secte terroriste nigériane, Boko Haram, a écrit  une nouvelle page de l’histoire du mouvement en annonçant l’allégeance de celui-ci à un autre mouvement islamo-terroriste basé en Irak et dirigé  par Abou Bakr al-Baghdadi, le calife ‘auto-proclamé et leader de l’Etat islamique en Irak et au Levant.  Conséquences de la nouvelle donne sur la propagation de l’islamisme et le combat contre le terrorisme en Afrique centrale et de l’Ouest.

L’acceptation par Al-Baghdadi du serment d’allégeance de Shekau  a officialisé l’alliance entre les deux  organisations terroristes les plus impitoyables du monde. Boko Haram se joint à un nombre croissant de groupes extrémistes en Egypte, en Libye, en Algérie, au Maroc et en Tunisie qui ont depuis le début de 2014 volontairement abandonné leur indépendance en proclamant l’autorité suprême de l’ISIS – appellation en anglais -, même s’il est vrai que Shekau  est connu pour ses vues intransigeantes, soulevant des questions quant à la façon dont il répondrait aux ordres d’al-Baghdadi.

La pratique du  serment d’allégeance  est devenue courante parmi les groupes terroristes africains et est souvent considérée comme un signe de faiblesse ou de disparition imminente. De nombreux facteurs – y compris stratégique, organisationnel, de leadership ainsi que les raisons idéologiques – peuvent expliquer la décision du mouvement nigérian pourtant fort de millier d’éléments, à prêter serment d’allégeance à un autre que l’on dit plus puissant et disposant d’une surface financière de loin au-dessus de certains Etats classiques.

Le gouvernement nigérian a vu le développement récent comme un signe que Boko Haram a été défait à la suite de représailles militaires intensifiées avec l’entrée en lice de l’armée Tchadienne, venue à la rescousse du Cameroun qui faisait lui aussi l’objet des attaques de la secte.

Boko Haram est officiellement connu comme Jama’atu Ahlis Sunna wal-Jihad Lidda’awati ou « groupe sunnite pour la prédication et le djihad ». En effet, la lutte contre le groupe a vu des réalisations solides au cours des dernières semaines, y compris la libération des territoires tombés sous leur contrôle au Nigeria et au Cameroun. Boko Haram a également eu de plus en plus recours à des tactiques désespérées, comme les attentats-suicides (impliquant souvent des enfants et des jeunes filles), en utilisant le bétail comme boucliers et  procédé à des enlèvements pour  recruter ses miliciens, ce qui pourrait être le signe de la baisse de sa puissance.

Opportunisme

S’il est vrai que certains progrès ont été réalisés dans la lutte contre Boko Haram, il serait trompeur de prendre l’engagement d’allégeance de Shekau à ISIS comme un signe de la défaite,  dans la mesure où Boko Haram a continué de perpétrer des attentats meurtriers. Il y avait déjà des indices d’une future alliance avec ISIS en Juin de l’année dernière quand Shekau a félicité al-Baghdadi et a promis son soutien à la proclamation du «califat». À l’époque, Boko Haram avait de bonnes raisons de croire qu’il était au faîte de sa gloire.

Les tactiques du groupe sont depuis devenus de plus en plus semblables à celles utilisées par ISIS : usage excessif de la violence, désir d’établir un califat islamique par la conquête et le contrôle des territoires, qui  ne faisait pas auparavant partie des pratiques du groupe. Boko Haram a également commencé à pratiquer les exécutions publiques brutales, qui sont en quelque sorte des pratiques propres à l’Etat Islamique.

Cette nouvelle alliance avec ISIS confirme non seulement que Shekau est un opportuniste, mais aussi un partenaire peu fiable puisque ce n’est pas la première fois qu’il fait allégeance à un groupe terroriste étranger.

En 2011, en effet Boko Haram a officiellement rejoint les rangs des groupes affiliés  à al-Qaïda qui avaient été à l’origine du bombardement en août de cette année du Siège des Nations Unies à Abuja, causant la mort de  23 personnes.

Rejoindre al-Qaïda a également entraîné un changement de paradigme dans la philosophie et le modus operandi du groupe – notamment en termes tactiques. Boko Haram a commencé à transporter des attaques simultanées de style al-Qaïda et les attentats suicides, d’enlèvements d’étrangers, threating États-Unis d’Amérique et d’autres pays occidentaux, ainsi que participer à d’autres opérations djihadistes – comme dans le nord du Mali.

La fusion peut également être considérée comme une victoire personnelle pour Shekau, dont la propension à la violence correspond à celui d’al-Baghdadi. Depuis plusieurs années Boko Haram a été en proie à des combats, essentiellement entre les soi-disant “Yusufiyyas” dans le groupe – ceux qui veulent préserver la philosophie et la doctrine du fondateur de la secte Boko Haram, Mohammed Yusuf – et durs Shekau. En général, les Yusufiyyas sont réputés moins violent et pro al-Qaïda, alors que les militants pro-Shekau au sein du groupe sont les plus violents.

 Lorsque Shekau a commencé à montrer son soutien ouvert pour ISIS, avec l’intention de créer un califat, les Yusufiyyas s’y sont opposaient et se sont éloignés de la doctrine. Khalid Al-Barnawi, un des leaders du groupe, a qualifié la démarche de Shekau d’aventurisme erroné, allant même jusqu’à considérer le leader de l’organisation terroriste comme  « un ennemi déclaré du djihad ». Depuis le serment d’allégeance, rien d’autre n’a été entendu dans le groupe et aucun des  dirigeants ne s’est opposé à la fusion.

Du coup, on pense que la nouvelle alliance qui fait de Boko Haram le plus grand partenaire d’ISIS en Afrique,  est susceptible de lui donner une nouvelle influence à l’échelle continentale. De même qu’en revanche, elle pourrait également aliéner les  bases de Boko Haram dans le Nord du Nigeria et dans la région.  En d’autres termes, si stratégiquement,  la nouvelle alliance peut renflouer la secte terroriste nigériane en fonds, armes et combattants étrangers venant des pays dont les organisations terroristes locales ont fait allégeance à l’ISIS, elle n’en constitue pas moins une épée à double tranchant qui pourrait se retourner contre l’organisation de Shekau.

Pour ISIS, l’alliance facilitera son expansion africaine, notamment en Afrique sub-saharienne, et  pourrait en rajouter à la légitimité et à l’influence mondiale d’al-Baghdadi. Boko Haram peut également fournir une plateforme importante à ISIS pour attaquer les pays participant à la coalition internationale d’Obama, mis en place pour le détruire.

De ce point de vue cette alliance n’est pas de bon augure pour la campagne régionale en cours en vue de contenir Boko Haram, affirment des spécialistes de Sciences politiques de défense, la secte islamiste pouvant obtenir du matériel plus sophistiqué, ce qui poserait  des défis opérationnels et tactiques plus immenses à la Force opérationnelle interarmées multinationale l’Union africaine.

Cela souligne la nécessité d’une meilleure coordination entre les pays que l’on pourrait qualifier de « pays de la ligne de front, et le déploiement rapide des troupes envisagées   maximiser les gains récents et  empêcher l’aide de l’Etat islamique à Boko Haram.

Des experts estiment que la communauté internationale devrait aussi intensifier les réponses non militaires. Il s’agit notamment des programmes communautaires et de solides institutions nationales à l’instar de la justice, pour éliminer la culture de l’impunité, et s’assurer que les millions de victimes de Boko Haram obtiendront justice. Dans cette optique, la Cour pénale internationale devrait accélérer le processus d’inculpation des personnes responsables des atrocités de masse dans le nord du Nigeria,  dont Boko Haram

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