Crise anglophone: Des morts et des disparus

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Crise anglophone: Des morts et des disparus

Depuis la crise dite anglophone, les habitants des Régions du Nord-ouest et du Sud-ouest connaissent parfois un dilemme qui pèse sur leur vie comme une épée de Damoclès. Nombreux sont ceux-là qui sont soupçonnés d’être des sécessionnistes ou des « espions-patriotes» qui donnent informations aux autorités qui ont du mal à combattre la crise. A chaque fois, de nombreux innocents sont enlevés par des sécessionnistes et d’autres interpellées par l’armée Camerounaise. Pris ainsi entre deux feux ; les habitants des deux régions optent pour la fuite… surtout après l’enlèvement de deux avocats dans la banlieue de Buea le week-end dernier et les affrontements sanglants de Bafut dans le Nord-ouest.

Dans les Régions dites anglophones du Cameroun, la crise sécuritaire qui règne depuis en 2016 a contribué à engendrer un cycle de violences et d’exactions commises aussi bien par les forces gouvernementales que par des groupes séparatistes. Ces régions ont été secouées par des manifestations et des affrontements violents liées à des griefs politiques que la minorité anglophone du pays entretient de longue date.
Bafut, Bambui et Buéa dans la peur
Le week-end dernier à Milles16 dans la banlieue de Buéa, deux avocats ont été enlevés par les séparatistes anglophones et leurs familles sont toujours sans nouvelles jusqu’à ce que nous allions sous presse. Lundi dernier, la ville de Bafut dans le Nord-Ouest a connu des événements sanglants qui ont fait le tour des réseaux sociaux montrant des sécessionnistes entrain d’égorger des éléments des forces spéciales de l’armée camerounaise et des corps inertes des sécessionnistes gisant dans la marre de sang neutralisés par l’armée en guise de riposte.

Les restes d’une maison après le passage des forces séparatrices

Depuis près de deux ans, leur répression brutale de manifestations, les forces de sécurité gouvernementales et les séparatistes armés ont commis de graves abus contre des habitants de régions anglophones du Cameroun. Tant les forces gouvernementales que les séparatistes armés ont perpétré des exactions contre des civils, entraînant le déplacement de plus de 180 000 personnes depuis décembre 2017, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public l’an dernier. Il faut rappeler que les séparatistes anglophones ont extorqué, kidnappé et tué des civils, et empêché aux enfants d’aller à l’école depuis décembre 2016. En réponse aux manifestations, puis à l’utilisation de la violence par des séparatistes armés, les forces gouvernementales ont tué des civils, fait usage de la force excessive contre des manifestants, torturé et maltraité des séparatistes présumés et des détenus, et ont brûlé des centaines de maisons dans plusieurs villages.

Véhicule brûlé par les forces séparatrices

Plusieurs morts et portés disparus…
Si de nombreux leaders de l’état virtuel de l’Ambazonie, jadis en fuite au Nigeria, ont été rattrapés au Nigeria par les autorités camerounaises, d’autres sont portés disparus et sans nouvelles de leurs familles.

Maître Félix Agbor Nkongho, l’ex leader du consortium

A Kumba dans le département de la MEME. Le Chef Iso Itoe a été abattu par des sécessionnistes alors qu’il sortait de l’église. C’est le même scenario dans le Kupe Manengouba où des élites autres ministres ont peur de se rendre dans leurs villages. Dans la ville de Mamfe, département de la Manyu, des commerces tournent au ralentie car de nombreux jeunes se sont réfugiés en brousse par peur des représailles. Les habitants restés dans les villages ont adopté le silence. Même maître Félix Agbor Nkongho, l’ex leader du consortium des anglophones a vu la maison de ses parents être incendiée à Mamfe à la grande surprise de tous. Des sources indiquent que des sécessionnistes l’accusent de les avoir trahis après sa sortie de prison. Des chefs traditionnels de la Manyu ont prié l’armée camerounaise de ménager des jeunes qui n’ont rien avoir avec les sécessionnistes. Des jeunes comme Amin et Nicanor Mangeda le jeune comptable exerçant dans la région du Sud-ouest n’ont pas eu la vie facile.
Quand débute la crise, le réseau de renseignements des séparatistes anglophones, qui scrutent les mouvements des populations, le suspectent Nicanor Mangeda d’être de connivence avec les forces gouvernementales de Yaoundé car il est francophone. Il lui est alors reproché de les avoir dénoncés auprès des autorités. Suffisant pour qu’en juillet 2017, sa maison soit incendiée par les sécessionnistes. Un incendie tragique dans lequel il a perdu son fils.

Léopold Serges Kamta Dioupi

Quelques mois plus tard, alors même qu’il n’avait pas encore fini de digérer ce coup fatal, c’est plutôt au tour des agents des services secrets gouvernementaux de le harceler, au motif que ce « traître » est de mèche avec les séparatistes. Depuis lors comme Léopold Serges Kamta Dioupi, Nicanor Mangeda fait partie des francophones qui ont du quitter la région par peur de représailles. En effet, le sieur Kamta originaire de l’ouest Cameroun ayant vécu et grandi dans les zones dites anglophones plus précisément à Bambui dans le Nord-Ouest où il est responsable d’une famille et y a investi toute sa fortune n’a pas échappé au chantage et à la pression des secessionnistes. Proprietaire d’une grande boutique, il ne manquait pas d’y séjourner pendant son séjour au Cameroun. Jusqu’en 2017 où il reçoit un appel d’un numéro inconnu lui demandant en langue « PIDGIN » de faire un geste pour soutenir les combattants sécessionnistes qui se battent en brousse pour la restauration de l’Etat de l’Ambazonie. Pour ses combattants, « les membres de la diaspora comme Léopod Serges Kamta Dioupi vivent bien en Europe alors qu’ils (les combattants) luttent pour la cause de tous ». Après avoir reçu plusieurs appels de menaces de Kidnapper les membres de sa famille et d’incendier sa boutique s’il ne contribuait pas financièrement à la lutte sans succès, ces personnes sans foi ni loi sont passés à l’acte en incendiant son domicile et son lieu de commerce avant de lui intimer l’ordre de ne plus jamais séjourner au pays car il fait partir des traitres et devrait par conséquent être traité comme tel. Rappelons qu’ils sont nombreux des hommes d’affaires et autres personnalités de la région des deux régions anglophones du Cameroun qui n’osent plus aller se plaindre aux forces de défense et de sécurité lorsqu’ils reçoivent les menaces de ses sécessionnistes. La majorité des populations préfèrent céder à leur menace en leur envoyant de l’argent afin d’éviter d’être kidnapper et même être assassiner. C’est l’une des raisons pour laquelle les mouvements des villes mortes sont toujours suivies par les populations qui ne savent plus à quel saint se vouer.
Face à ses mouvements de villes mortes lancés par les sécessionnistes, depuis la semaine dernière, Patrick Ekema Esunge le maire de Buéa oblige les taximan et autres transporteurs exerçant dans sa municipalité de travailler obligatoirement au cas contraire ceux-ci seront soupçonnés d’entre des partisans des séparatistes et leurs voitures mis en fourrière.
Prince Will Tabi

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