Crise Anglophone: Le congrès américain reçoit les victimes le 27 Juin

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Paul BIYA: Président de la république du Cameroun
  • Paul BIYA et ses collaborateurs aux bancs des accusés.
  • le gouvernement du Cameroun sous pression…

L’annonce est de la commission Tom Lantos, spécialisée sur les questions des droits de l’Homme et des libertés à la chambre basse du Congrès américain, qui devait se tenir le 7 juin dernier, avec à l’ordre du jour le débat sur la crise Anglophone et les massacres qui sont perpétrés dans les Régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, a été renvoyée au 27 juin 2018.L’appel des témoins et des victimes est donc lancé. Les américains veulent savoir si leurs multiples aides ne sont pas utiliser pour tuer des civils… Le président Biya et ses collaborateurs aux bancs des accusés.

Pour présenter cette situation aux parlementaires invités, la commission des droits de l’Homme du parlement américain a fait venir des spécialistes de l’Afrique. Il s’agit du directeur adjoint des plaidoiries et des relations avec les gouvernements à Amnesty international Adotei Akwei, du directeur Afrique de la Freedom house Jon Temin, du responsable des questions africaines à International Crisis group E.J. Hogendoorn, et du Camerounais Patrice Nganang, professeur à la Stony Brook university aux Etats-unis.

Selon cette commission parlementaire, les motivations de cette réunion résident dans le constat fait de la «détérioration de la situation des droits de l’Homme dans le pays». Sur son site internet, ladite commission explique : «Biya sera réélu pour un autre mandat de sept ans en 2018, après avoir supprimé la limitation de mandats présidentiels en 2008. La minorité anglophone du Cameroun représente entre 13 et 25% de la population et vit principalement dans la partie occidentale du pays. Les tensions avec le gouvernement central dirigé par les francophones ont augmenté depuis la fin de 2016, lorsque le gouvernement a réprimé un mouvement de protestation anglophone. L’année dernière, la situation a dégénéré lorsqu’une faction anglophone a symboliquement déclaré la sécession de la région et que certains groupes anglophones ont pris les armes. Tout en accordant des concessions mineures, le gouvernement a arrêté des dizaines de militants et déployé des militaires pour calmer les troubles. Selon les Nations Unies, environ 21 000 réfugiés ont fui vers le Nigeria voisin au cours de l’année écoulée ».

Les victimes et autres témoins attendus au congrès Américain le 27 juin 2018.

Les raisons du report du briefing de cette commission des droits de l’Homme du Congrès américain n’ont pas été communiquées, mais, selon  des sources bien introduites, le bureau des affaires étrangères du Congrès américain, a le Cameroun au programme, le 27 juin 2018, qui sera l’Advocacy Day au Capitol.

A en croire les mêmes sources, il s’agit en réalité, pour le cas du Cameroun, d’un appel à témoin. Ce n’est donc pas l’affaire du seul Patrice Nganang qui n’est qu’un témoin parmi tant d’autres. Contrairement à ce qu’on a laissé croire au sein de l’opinion, toutes les personnes, et surtout les victimes, et autres témoins qui souhaitent  intervenir au Capitol afin d’éclairer les membres du congrès sur cette affaire, sont la bienvenue. Il suffira pour tous les intéressés de suivre au préalable une petite formation à cet effet, quelques jours plus tôt, c’est-à-dire le 22 juin 2018. Les auditions se dérouleront tous les jours, apprend-on.

Pour l’heure, certaines informations font état de ce que la diaspora camerounaise au fait de la crise anglophone affûte minutieusement ses armes, en collectant tous les éléments nécessaires pour argumenter leurs témoignages le moment venu, lors de cette audition.

 

Selon les exégètes de cette procédure, après les auditions des témoins et autres victimes, une copie du rapport d’audition sera adressé au gouvernement camerounais afin qu’il réagit s’il juge nécessaire face aux accusations porté à son endroit car celle –ci n’est pas obligatoire. D’autres parts, le gouvernement de Paul Biya, en fonction des témoignages enregistrés, pourra adresser  à cette commission une sorte de plaidoirie ou de memo défense, en vertu de  ce que les Américains appellent « Rebuttal ».

 

Biya et son gouvernement sous-pression

Au fait, que se passerait-il si les faits décriés par les témoins sont retenus ?

Selon les spécialistes du monde diplomatique, les conséquences pourraient être multiples, en commençant par  le retrait des soldats, à défaut de  dresser une ligne de conduite, encore appelée règles d’engagement ; ou encore le recours au Conseil de sécurité de l’Onu, en vue de la protection de leurs ressortissants et des civils.

 

Par ailleurs, la réalité révélée par certaines indiscrétions, fait état des informations selon lesquelles les Usa sont en train de préparer une évaluation de la présence de leurs soldats au Cameroun. Ce qui est tout à fait normal comme pratique (Leahy Law), apprend-on. Mais aussi, ils veulent, dans leur logique de  « oversight, accountability, transparency » (surveillance, responsabilisation, transparence…) se rassurer que le Cameroun n’utilise pas le matériel, la formation et autres logistiques qu’ils ont  mis à sa disposition, pour mater les civils anglophones. Ceci, pour la simple raison que le Congrès est tenu de rendre compte au peuple américain sur la gestion de leurs impôts hors-frontières. Apparemment, en dehors du Cameroun, trois autres pays africains sont programmés pour  cette même période, devant la Commission des affaires étrangères.

 

Cependant, au-delà de cette actualité, on se souvient que dans une correspondance datée du 17 octobre 2017, une vingtaine de parlementaires, membres du Congrès américain, demandait déjà des comptes à l’ambassadrice des Etats-unis à l’Onu, Nikki Harley, au sujet des dérives dénoncées autour de la crise anglophone. A travers cette requête, les parlementaires américains se voulaient le porte-voix de la diaspora camerounaise vivant à New-York, et d’une mystérieuse association connue sous le nom de Cameroon american council. En outre, ils s’inquiétaient des intérêts américains au Cameroun, présenté comme la locomotive de la sous-région d’Afrique centrale, et redoutaient que les dérives relevées plus-haut n’impactent négativement sur la stabilité du Cameroun.

 

Sur la même lancée, la récente sortie de l’ambassadeur des Etats-unis au Cameroun, Peter-Henry Balerin, qui a directement pointé du doigt le président Paul Biya, montre que Washington a, le cas échéant, envie de s’inviter dans le conflit qui s’enlise. Depuis lors, le gouvernement de Yaoundé  n’a plus le sommeil tranquille. A ceci, il faut ajouter que l’ambassadrice américaine aux Nations-unies, la républicaine Nikki Haley, a mené le 1er juin 2018, pour la première fois, une charge sans précédent contre le régime du président Biya, dans le cadre de la crise anglophone au Cameroun. Par la même occasion, elle a demandé aux autorités camerounaises d’arrêter immédiatement de réprimer les populations civiles, de respecter les droits de l’homme, la liberté d’expression, la libération des détenus  et, surtout, de mener des « enquêtes crédibles » sur les allégations de massacres de civils dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest du pays.

 

Comme si cela ne suffisait pas , le candidat à la présidentielle Me Akere T. Muna,  à la suite de son confrère et activiste des droits humains Felix Agbor Nkongho, a lui-aussi saisi récemment, par courrier, entre autres, le département d’Etat américain.

Un tir groupé qui amène déjà les observateurs avertis à se  méfier des suites. Dès lors que les intérêts américains sont en difficulté, on sait que c’est une cause qui généralement induit une implication plus accrue de Washington dans les affaires dites internes aux Etats. Yaoundé va-t-il continuer à briller par son arrogance ? Vigilance !

Prince Aristide Ngueukam.

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