Crise post-électorale: Des Camerounais apatrides

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Maurice Kamto encore incarcéré à la prison de Kondengui avec ses partisans
Maurice Kamto encore incarcéré à la prison de Kondengui avec ses partisans.

Depuis plus d’une semaine, le Premier ministre, chef de gouvernement, Dion Joseph Ngute, multiplie les consultations, en prélude au «grand dialogue national», convoqué le 10 septembre dernier par le président de la République. Parmi les plus récurrents, on peut citer dans la foulée, l’inscription au débat de la forme de l’Etat ; le code électoral ; l’arbitrage des médiateurs neutres ; mais surtout la libération des sécessionnistes et des prisonniers politiques ou d’opinion, c’est-à-dire une amnistie générale, qui est la cause de l’exil de beaucoup de Camerounais à ce jour.

Dans la perspective des travaux qui s’ouvrent à la fin du mois, il se trouve qu’après une semaine de consultations, des voix se font entendre au sein de la classe politique et civile, pourtant favorable, au départ, à la tenue d’un tel dialogue, lors de son annonce par le président de la République. En effet, sur la forme des débats, comme sur le fond, les pré-conditions posées par des leaders de partis politiques et les membres de la société civile ne rejoignent pas la ligne choisie par le pouvoir en place.
D’une manière générale, entre libération des opposants politiques et des leaders anglophones, ainsi que le souhait d’une médiation internationale, certains acteurs politiques conditionnent leur participation aux débats.

Des préalables

Pour le Mrc du président Maurice Kamto, le grand dialogue national doit être présidé par une personnalité neutre et pas le premier ministre de Paul Biya. Certains récusent également la participation de l’Armée à cette rencontre et estime que seule la forme de l’Etat constitue la solution à la résolution de la crise.Les Chefs traditionnels du Fako ont d’ailleurs réclamé une fédération à 10 états et une rotation du pouvoir entre les francophones et les anglophones. Mais, dans tous les cas, il ressort de ces consultations que la quasi-totalité pose des conditions sans lesquelles, le Premier ministre(Pm) Dion Joseph Ngute fera sans elles.
Au vu des performances enregistrées par le Pr Maurice Kamto, représentant du Mrc à l’élection du 7 octobre 2018, nombreux sont qui ceux qui pensent qu’en dehors d’autres solutions, sa présence apporterait une plus-value au grand dialogue national annoncé par le président Paul Biya, au soir du 10 septembre 2019. « Sa présence dans ce dialogue serait une valeur ajoutée incontestable », a déclaré Cabral Libii, le président du Parti camerounais pour la Réconciliation nationale (Pcrn).

Genèse…

une vue des manifestants de janvier dernier

Arrêté le 28 janvier 2019, le président du Mrc, arrivé deuxième à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, devait comparaître devant le tribunal militaire de Yaoundé, le vendredi 6 septembre dernier, mais le procès a été renvoyé au 8 octobre 2019. Inculpé d’«insurrection » et «hostilité contre la patrie», et autres, il risque la peine capitale. Comment en est-on arrivé là ?
On se souvient que dès le lendemain de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, le candidat du Mrc, Maurice Kamto, avait mis sur pied un plan de résistance pour réclamer sa victoire volée, après être officiellement arrivé deuxième dans les urnes (14,23% des suffrages), derrière l’actuel président de la République, réélu avec 71,2% des voix.
Au-delà du « hold-up électoral » de Paul Biya, ce plan consistait à faire des marches pacifiques de revendication, pour dire « non à la guerre dans les Régions du Nord-ouest et du Sud-ouest », et « non aux détournements de l’argent destiné pour l’organisation de la Can 2019 ». C’est ainsi que lors des manifestations du samedi 26 janvier 2019, les forces de l’ordre, surchauffées, avaient procédé à des tirs à bout portant sur des militants du Mrc, et à des arrestations massives. Au total, environ 117 personnes avaient été interpellées sur l’ensemble du territoire camerounais, selon des sources officielles. Parmi eux,Des acteurs comme Dr Folefack de l’Université de Dschang,Djoko,et Yannick Tchokouafi Ngounou, de la jeunesse du Mrc. Ce dernier fait partie des jeunes qui ont transporté un des blessé par balles, le nommé Célestin Djamen, cadre et secrétaire national aux droits de l’homme de ce parti, à destination de l’hôpital général de Douala, où l’accès leur avait d’ailleurs été interdit. Une fois de plus, ils ont été dispersés par des gaz lacrymogènes, et dans ce cafouillage, une autre cadre du parti, Me Ndocki a été blessé par balles. A cette occasion, une autre vague d’arrestation s’en est ensuivie, et des manifestants dont Bruno Deffo du parti politique Modecna, Yannick Tchokouafi Ngounou ,et des journalistes Théodore Tchopa et David Eyengue Nzima du quotidien le Jour…ont été arrêtés et embastillés au commissariat de Logbessou pour certains et à la police judiciaire de Bonanjo pour d’autres.Des tortures de ses gardés à vue sont d’ailleurs décriés par la société civile notamment un monde avenir de Philippe Nanga.Certains seront libérés grâce aux négociations des familles.
Le lundi 28 janvier 2018, soit seulement deux jours après, le président Maurice Kamto, et de nombreux cadres de sa coalition à l’élection présidentielle, ont été interpellés à Douala, aux environs de 20 heures, alors qu’ils se trouvaient au domicile de son conseiller stratégique Albert Dzongang, pour un compte rendu des marches du samedi 26 janvier. Ils ont aussitôt été transférés par les forces de l’ordre vers Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, pour finalement atterrir à la prison centrale de Kondengui, où ils sont incarcérés jusqu’à ce jour.
Maurice Kamto avait déjà alerté l’opinion publique, pour dénoncer « un déchaînement de haine sans précédent, qui a conduit à l’arrestation et la détention illégale de près de 200 militants et sympathisants de notre parti, de Camerounais sans engagements politiques, de leaders d’organisations alliées et de moi-même ». Ajoutant que le MRC était la « cible d’attaques et de haines tribales orchestrées par le régime Biya ».La tribu des Bamilékés dont fait partie Alain Fogue, Yannick Ngounou et Engelbert Lebon Datchoua interpellé aussi il y’a quelques semaines pour une prétendue trafic des pierres précieuses précieuses. Rappelons que ce dernier dénonce une cabale du pouvoir de Yaoundé sur les cadres du Mrc qui dérangent l’inertie et l’injustice du pouvoir de Yaoundé.
Affaire à suivre !
Joseph Essombe

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