Endettement public

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nganou djoumessi
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La côte d’alerte

nganou djoumessi

Aux côtés de bien d’autres indicateurs économiques peu reluisants, (investissements, croissance, solde budgétaire, balance commerciale) la dette de l’Etat du Cameroun constituait l’un des points d’attention de la dernière mission du Fmi-Fonds monétaire International à la fin du mois d’avril dernier. Au 31 décembre 2014, l’endettement public a atteint la rondelette somme de 3485 milliards de Fcfa, contre 2790 milliards en décembre 2013. Une évolution vertigineuse qui s’apprécie davantage dans son évolution  en valeur relative. De 15,9% du Pib en 2006lorsque le pays avait atteint le point d’achèvement à l’initiative Ppte, il a régressé à 10,1% en 2009 avant de remonter à 11,5% en 2010. Mais à partir de 2010, la courbe est redevenue abrupte, d’aucuns disent vertigineuse ; 13,2% en 2011, 15,4% en 2012 ; 19,0% en 2013, il se situe aujourd’hui autour de 22% du Pib. Les pouvoirs publics expliquent ce recours récurrent à l’emprunt public par la nécessité de financer les projets dits structurants, que le pays a engagé dans les années 2012 dans l’optique d’atteindre son émergence économique en 2035.

Toutefois, les responsables des institutions de brettons Woods, qui rejoignent ainsi les prévisions de certains économistes  chevronnés et visionnaires avant-gardistes, le pays pourrait rater l’atteinte de cet objectif s’il ne réajuste pas sa politique économique vis-à-vis de certains agrégats structurels. Et parmi les corrections qui s’imposent entre autres, il y a le rythme d’endettement de l’Etat jugé exorbitant. Pourtant, à seulement 22% du Pib dans une zone Cemac qui prévoir le plafond de l’endettement par l’Etat à 70% du Pib, on est loin du seuil critique de 30% que s’imposent ces Etats. Pour le  ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire, en optant pour un financement massif dans les projets structurants, le Cameroun se donne les moyens de gagner les fruits de ses investissements. « Il y aura des gains de 1% chaque année dès la fin de la mise en œuvre des grands projets », rassure Emmanuel Nganou Djoumessi. Pour autant, l’assurance du ministre ne semble pas emballer outre mesure les bailleurs du Fmi, pour qui ce rythme exponentiel de l’endettement du Cameroun pourrait détériorer  sérieusement le solde extérieur du pays. Déjà en juin 2014, au terme de sa visite statutaire de mi-année au Cameroun, le rapport du Fmi tirait déjà la sonnette d’alarme en ces termes : « le fardeau de la dette du Cameroun reste faible, en partie grâce au vaste allègement obtenu en 2006, mais il se développe de nouveau à un rythme rapide ; l’analyse de viabilité de la dette montre que le niveau de risque du fait de la dette extérieure est passé de faible à modéré, en raison de l’augmentation de la dette extérieure non concessionnelle. Selon les tendances actuelles, la dette publique globale devrait doubler en pourcentage du produit intérieur brut entre 2012 et 2019 », affirmait le chef de mission. Soit un peu plus de 30% du Pib. Ces analyses qui rejoignent les prévisions pessimistes de nombreux observateurs avertis, qui redoutent qu’ç ce rythme, le Cameroun soit contraint de recourir à nouveau au plan structurel imposé par le Fmi.

 A ce sujet, nous publions de nouveau dans son intégralité l’interview que nous avait accordée Bernard Ouandji, économiste bien connu  et consultant international.

 

Réaction de Bernard Ouandji

Selon le Fmi et certains observateurs avertis, le niveau d’endettement du Cameroun ne cesse d’augmenter au point d’inquiéter pour la solidité des piliers de l’économie. Qu’est-ce qui selon vous explique ce recours à l’endettement public alors que l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Ppte franchi en 2007 laissait espérer un financement plus autonome de l’économie nationale ?

Aussitôt qu’on a atteint le point d’achèvement en 2007 et obtenu l’annulation de la dette, on s’est mis à fêter et à dépenser. Les dépenses de fonctionnement ont doublé en cinq ans entre 2008 et 2014. De plus, à partir de 2009, on a financé les projets structurants du Dsce en fonction des promesses électorales, on a doublé les dépenses avec le Bic, mais les recettes n’ont pas suivi au même rythme. En conséquence, les déficits s’accumulent et ça commence à faire boule de neige. En ceci dit, l’Etat, tout comme une entreprise ou un ménage a le droit d’emprunter ; pour optimiser il faut une stratégie d’endettement afin que les budgets et programmes puissent coïncider  avec les flux de recettes étalés dans le temps.

 

D’accord, mais la loi des finances est déjà votée avec un plafond d’endettement, pourquoi encore une stratégie d’endettement ?

Il existe différents types d’emprunts ; les utilisations sont aussi de différents types. Les emprunts sous forme de bon du Trésor ont pour but de fournir au trésor des ressources qui seront remboursées grâce à des recettes qui vont tomber dans six mois à dix mois au trop notre gouvernement a pris l’habitude d’émettre des bons du Trésor à échéance de deux à cinq ans dans le but déclaré de financer des projets structurants. Or les taxes et les revenus fiscaux que les projets structurants vont générer sont lointains. Je vous propose le cas du port en eau profonde de Kribi qui ne portera des fruits qu’au bout de dix ans. Entretemps les dettes y afférentes sont échues. Si le gouvernement avait élaboré une stratégie d’endettement. C’est qu’on a trouvé des bonnes sources de financement pour les projets. J’ai lu une interview du ministre des finances en train d’additionner 143+900+925 milliards de FCFA+1,5 milliards de dollars en somme 2000 milliards de FCFA du coup.

 

Un endettement aussi colossal ne risque-t-il pas à terme de plomber l’ambition d’atteindre l’émergence recherchée par le Cameroun ?

Le risque est que le marché financier intérieur sera vite saturé et les ratios prudentiels des banques seront débordés. Ce qui plombe les espoirs d’émergence, c’est le manque de calcul économique dans les choix des projets ; la plupart des projets du Dsce ne se justifient pas, économiquement parlant.

 

Selon certaines sources, la dette extérieure du Cameroun a franchi en 2014 la barre symbolique de 3000 milliards de FCFA et représente environ 24% du Pib. Il semble que le gouvernement s’autorise à emprunter puisque 24% c’est encore peu…

La dette doit être évaluée en terme relatif et absolu. Notre dette est relativement basse mais en termes absolus, elle n’est pas soutenable à cause du déficit primaire du budget. Il faut relever que le déficit budgétaire était déjà là en 2010. Le gouvernement emprunte pour consommer. C’est malsain.

 

Y-t-il lieu de tirer la sonnette d’alarme sur l’endettement quand on sait qu’il revient aux générations futures de rembourser ces dettes ?

C’est un gouvernement plus jeune qui devrait légitimement engager le pays pour un endettement soudain de cette amplitude. Les jeunes doivent prendre leurs responsabilités. Pour prendre en main leur destin, par exemple, les jeunes députés sont invités à ne pas ratifier les ordonnances relatives à ces emprunts.

 

Quelles solutions l’économiste que vous êtes peut-il proposer pour permettre au Cameroun de sortir de la spirale de l’endettement ?

Les jeunes doivent prendre en main leur destin ; formuler les plans de développement et assumer l’endettement y afférent, car c’est les jeunes qui vont rembourser ces prêts. Quand on est déjà vieux, on ne cherche plus à s’endetter, au contraire, on cherche à vendre les actifs pour payer les dettes en cours afin d’aspirer à la paix de l’âme. Le reste sera légué aux enfants. Or au Cameroun les cinq hommes qui coiffent notre Etat ont 77 ans donc, ils ne sont plus qualifiés pour endetter notre pays à long terme, même pas pour trois mois.

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