Entretien avec Ernest Pekeuyo tchoffo, Président national du BRIC

0
198
Ernest Pekeuyo,Pdt du BRIC

« L’opposition à la possibilité mathématique d’avoir 150 sièges si les camerounais décident de sanctionner le RDPC dans les urnes »

L’élection municipale et législative aura bel et bien lieu le 09 février 2020  au Cameroun malgré l’annonce du boycott par certains partis politiques. Le parti politique le Bloc  pour la Reconstruction et l’Indépendance économique du Cameroun(BRIC) dont le président national est Ernest Pekeuyo Tchoffo a décidé de participer à ce double scrutin. Ce jeune et vieux leader politique  a fait le choix d’aller postuler en plein région anglophone malgré l’insécurité et les menaces des Ambas Boys. Partisan du non boycott des élections, Ernest Pekeuyo est donc candidat aux élections législatives dans la circonscription électorale du Mezam Nord (Arrondissements de Bafut et Ntuba) dans le département de la Mezam, région du Nord-ouest.

Dans un entretien avec Forum Libre, ce fils de Babadjou qui a des attaches solides dans le Nord-Ouest a décidé de se jeter dans le feu de l’insécurité  du NoSo avec pour seul projet de société le slogan : «  Ensemble semons la PAIX ».

Forum Libre : A 20 jours du double scrutin, certains prônent le boycott, comment jugez-vous les arguments énoncez par ces derniers ?

ERNEST PEKEUHO : J’ai suivi certains dire que «  La Loi N°2004/004 du 21 avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel demande par exemple que les requêtes de contestation des législatives comportent obligatoirement les noms des élus contestés. Or, ce contentieux se déroule avant la proclamation des résultats, donc sans que les noms de ces élus ne soient connus », ça ma écœuré, je tiens à rappeler ici que le nommer Clément Atangana Président du Conseil Constitutionnel du Cameroun lors du  contentieux post électoral des élections sénatoriales du 25 mars 2018 et des élections législatives du  9 février 2020 a rappelé que seul le code électoral est suffisant pour faire le recours et par conséquent la  Loi N°2004/004 du 21 avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel est caduque .

J’ai suivi certaines personnes dire que toute l’opposition se battaient  pour à peine 50 sièges et je dis voilà encore que c’est un très gros mensonge, le 9 février 2020,  le RDPC sera seul en lice sur à peine  30 sièges et sera absent dans le Boyo (2 sièges), ce qui veut tout simplement dire que l’opposition à la possibilité mathématique d’avoir 150 sièges si les camerounais décident de sanctionner le RDPC dans les urnes

Pour moi, Le boycott pose deux problèmes. D’abord, l’on observe une tendance générale en Afrique occidentale qui fait de l’abstention le principal adversaire de l’alternance politique.

F L: Quelles sont les conséquences de ce Boycott ?

 

E P:En effet, seules les personnes qui profitent du système vont massivement aller  voter pour maintenir le statu quo, ce qui favorise le maintien du régime Biya  au pouvoir, et il  ne faut pas oublier que les personnes qui s’indignent ont tort de s’abstenir dans la mesure où c’est en se mobilisant qu’elles provoqueraient une masses critique pour l’alternance, ensuite, le refus de voter va plutôt  favoriser la fraude électorale

Du  02 janvier 2019 au 31aout les inscriptions se  sont déroulées sur l’étendue du triangle national, ces inscriptions ont fait l’objet d’un point presse donné par le Directeur Général des Elections le 18 septembre 2019 au siège d’Elecam à Yaoundé. Erik Essoussé a officiellement annoncé un chiffre total de 433 873 nouveaux inscrits sur les listes électorales au titre de la période de révision 2019, dans l’attente du toilettage, c’est-à-dire, le retrait personnes décédées ou celles qui ont été déchues de leurs droits civiques, le fichier électoral camerounais compte 7 116 314 électeurs et nous savons tous  ceux qui sont les responsables de ce chiffres aussi bas, demander aux personnes inscrites sur les listes électorales de ne pas aller voter en guise de protestation contre le « hold-up » de Paul Biya est une erreur dans la mesure où les fraudeurs ont l’habitude de faire voter à la place des absents. En d’autres termes, si une personne est inscrite, il y a de fortes chances que son nom apparaisse à son insu comme ayant voté et ce pour un candidat non désiré. Pour toutes ces raisons, il convient plutôt de pousser toutes  les personnes inscrites à aller massivement aux urnes le 9 février 2020, sanctionner  tous ceux-là qui retardent le développement de notre pays, allons sanctionner ceux qui nous ont empêché d’organiser la CAN en 2019, allons  exprimer notre  droit de choisir afin que la démocratie se réalise pleinement.

En claire, nous pensons  tout simplement que les élections législatives et municipales  au Cameroun doivent être libres, participatives, inclusives et très ouvertes pour être sur le plan national et international  considérées comme démocratiques. Cela passe par une forte mobilisation de tous les  citoyens du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest.

F L : comment en est on arrivé à la  crise anglophone qui se vit dans les régions du nord et sud ouest ?

E P: Comment en est-on arrivé là ? Avec la multiplication des mouvements armés depuis le début de l’année 2017 (Red Dragons, Amba Boys, Vipers, SevenKarta, etc.), le conflit a fait, en deux ans, plus de 160 morts parmi les forces de sécurité et plus de 400 civils ont été tués. Le constat est implacable : même si tout a commencé fin 2016 avec des revendications d’avocats et d’enseignants, ce sont les sécessionnistes armés qui ont depuis gagné du terrain.

Durant la dernière campagne présidentielle, le parti d’opposition Social Democratic Front (SDF) a échoué, comme depuis les années 1990, à incarner les idéaux anglophones, laissant le champ libre à des acteurs plus radicaux. Il n’a aucune prise sur les combattants et a été déclaré persona non grata dans son propre bastion du Nord Ouest. Députés et sénateurs de ces deux régions hésitent à revenir sur leur terre. Peu avant sa nomination à la primature, début janvier, Joseph Dion Ngute, pourtant chef traditionnel anglophone du Sud-Ouest, y a même vu son domicile incendié.

Si le premier appel à la sécession date de 1985, jamais le mouvement et la répression qui l’accompagne n’avaient été aussi violents. D’un côté, l’armée camerounaise, notamment le Bataillon d’intervention rapide (BIR), dont Yaoundé ne veut pas dévoiler les effectifs. De l’autre, plus d’un millier de combattants indépendantistes. Entre eux : une guerre dans laquelle chacun s’accuse, à raison et malgré les fake news, d’exactions. Et une population qui, sans soutenir les seconds, ne se range pas tout entière derrière la première.

F L : D’après vous, comment les sécessionnistes comptent-ils résister ?

E  P: Les trois quarts de leurs armes seraient artisanales. Moins onéreuses mais moins fiables, souvent limitées à un seul coup de feu, elles font le bonheur des bandes armées depuis de nombreuses années, notamment dans le sud-est du Nigeria. En avril 2016, le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip) alertait déjà sur la présence dans le nord-ouest du Cameroun d’ateliers clandestins de fabrication de fusils à canon long ou moyen et, plus rares, de pistolets pouvant tirer de cinq à vingt-cinq coups.

Début 2018, Paul Atanga Nji, ministre camerounais de l’Administration territoriale, estimait que « la circulation illicite des armes à feu et de leurs munitions [avait] atteint des proportions inquiétantes ». D’autant que les Ambazoniens parviennent ponctuellement à dérober un arsenal plus professionnel, en attaquant des gendarmeries, comme à Mbengwi fin septembre, ou à Brakah début janvier. « Ces armes ont été achetées avec les ressources de l’Ambazonie. Il est normal que nous puissions nous en saisir », argumente un chef militaire.Quelque 10 % de l’armurerie sécessionniste proviendraient en outre du Nigeria, notamment des États de Cross River, Benueet Taraba. « De nombreuses routes permettent de se rendre discrètement au Cameroun anglophone, souligne un spécialiste de la question. De plus, ces régions sont ou ont été traversées par des voies d’approvisionnement de Boko Haram. ». Le gouverneur de l’État de River, Ben Ayade, a tiré la sonnette d’alarme dès juillet 2018, je le cite: « Il y a un afflux de personnes du Cameroun vers le Nigeria. Elles font de la contrebande et utilisent l’argent pour acquérir des armes et recruter nos jeunes. »Fin de citation.

L’armée camerounaise a concentré ses efforts sur certaines portions de la frontière. Elle a particulièrement surveillé les alentours d’Ekok et d’Ekang, dans la réserve forestière d’Ejagham, au désarroi de certains Nigérians qui avaient vu la crise anglophone comme une aubaine commerciale de premier plan. Mais la demande n’a pas été à la hauteur des attentes alors qu’ils espéraient des commandes de plusieurs centaines ou milliers de fusils, les besoins semblent s’être limités, au coup par coup, à quelques dizaines.

 

Il y a aussi le port nigérian de Calabar, qui n’est guère un modèle en matière de surveillance. Il n’est situé qu’à quelques encablures de la baie d’Ambas, au Cameroun. Mais la voie maritime demeure ultraminoritaire. Le 7 septembre, la marine camerounaise a certes arraisonné dans les eaux de Bakassi trois chalutiers nigérians dissimulant des mercenaires et des AK47. Mais, depuis, aucune autre saisie d’envergure n’a été officialisée.

F L: A la fin, qui sont les leaders sécessionnistes ?

E P: Reste que les réseaux ambazoniens se déploient bel et bien au-delà des terres camerounaises, ce que ne manque pas de souligner le pouvoir, en jouant le patriotisme contre l’étranger. Ainsi, c’est un résident américain, Samuel Ikome Sako, qui dirige le gouvernement intérimaire de la République fédérale d’Ambazonie. Révérend originaire du département du Fako (Sud-Ouest), il vit aujourd’hui à Baltimore, dans le nord-est des États-Unis, où il dirige une fondation depuis 1998. Il est entouré de plusieurs conseillers, tels Edwin Ngang, Ashu Ndep ou Valentine Eben, installés dans le Maryland et le New Jersey. Son chef de cabinet, Martin Ayim, est assistant professeur à l’université d’État de Grambling, en Louisiane, tandis que son vice-président, le Dr Abongwa Hariscine Keng, professeur de sciences àBamenda de 1995 à 1996 puis chirurgien formé en Italie, officie toujours dans ce dernier pays, à l’hôpital universitaire de Parme. Enfin, toujours du même côté des Alpes, le patron de la télévision Southern Cameroons Broadcasting Corporation, Ntube Francis Eseme, vit dans les environs de Bologne. Ebenezer Akwanga, leader des Socadef en exil dans le nord-est des États-Unis, n’ignore rien du prix que l’appel à la sécession peut coûter. Ancien syndicaliste ayant débuté au Southern Cameroon Restoration Movement (SCARM), il a choisi, au détour des années 1990, « l’argument de la force » plutôt que la « force de l’argument », selon la terminologie utilisée à l’époque où il fréquentait l’université de Buéa, au Cameroun, avec Cho Ayaba – aujourd’hui chef de l’Ambazonian Governing Council (AGC).

Arrêté en 1997, il sera condamné en 1999 à vingt ans de prison par un tribunal militaire. Il s’échappera en juillet 2003 après avoir été torturé, affirmera-t-il devant le Comité des droits de l’homme de l’ONU. Il fuit au Nigeria, puis aux États-Unis en 2006. Il y réside toujours, tout en effectuant régulièrement des voyages en Afrique australe pour promouvoir sa cause.  Le mouvement ambazonien s’est radicalisé à mesure que ses leaders connaissaient l’exil ou la prison.

Au départ, ils ont créé un syndicat, mais au fil des échecs et de la répression, ils sont passés à quelque chose de plus violent.

Cette dernière a vu passer, depuis l’époque d’Akwanga et d’Ayaba, quelques autres Ambazoniens, désormais très actifs : Mark Bareta, devenu propagandiste sur les réseaux sociaux, ou Tanku Ivo Tapang, ex-journaliste exilé aux États-Unis, porte-parole des Ambazonia Defence Forces (branche armée de l’AGC). Tapang est poursuivi en Californie pour terrorisme international à la suite d’une plainte déposée, début janvier, par le cabinet Nsahlai au nom des victimes du conflit.

Forum Libre : Les exilés contrôlent-ils vraiment les combattants sur le terrain ?

E P: À les en croire, le contact est quotidien via WhatsApp ou Telegram, et les différents leaders favorisent la coordination. Mais les escarmouches sont fréquentes. Mi-décembre, au moins huit personnes ont trouvé la mort dans des affrontements entre les Ambazonia Defense Forces (ADF) et les troupes d’un certain général Tigre. Querelle de territoire? D’ego? En réalité, y compris au niveau « gouvernemental », les divisions ne sont jamais loin. Qui du gouvernement de la République d’Ambazonie ou de l’AGC est l’organe de référence ?

Ni le gouvernement intérimaire de Samuel Ikome Sako, ni l’AGC de Cho Ayaba, ni le Mouvement pour la restauration de l’indépendance du Southern Cameroons (Morisc) de l’ex-journaliste Herbert Boh, exilé aux États-Unis, ne font l’unanimité. D’autant que l’aspect financier divise également. Sur internet, les cagnottes ont fleuri sans que l’on sache vraiment à quel groupe elles sont destinées ni si l’argent sera bel et bien utilisé sur le terrain.

F L: Vous vous lancez dans un département où les armes sont plus présentes que les urnes, pourquoi ce risque ?

E P: Nous ne pouvons pas donner raison aux séparatistes, ne pas aller aux élections dans les régions du Nord- Ouest et du Sud-Ouest, c’est valider la victoire des séparatistes.

Le BRIC a décidé de soutenir le combat que mène le gouvernement, nous avons apprécié la main tendue du chef de l’Etat invitant tous ceux qui portent les armes à les déposer  , nous avons apprécié le Grand Dialogue National, nous avons apprécié les premières loi  adoptés lors de la session de novembre 2019 et promulguées par le chef de l’Etat, c’est un bon début, beaucoup restent à faire, nous invitons toutes les parties à un cessez le feu, à continuer le DIALOGUE seule solution pour une sortie de crise.

F L : Quelles sont les grandes lignes de votre projet dans la MEZAM ?

E P: Mon projet se résume en trois mots ;  1er La Paix, 2ème la Paix et 3ème la Paix, c’est la raison pour laquelle j’entre en campagne avec le slogan : «  Ensemble semons la PAIX »,  tout en rappelant que nous sommes,  «tous différents, tous unis pour la paix »

F L : Merci de votre disponibilité président et bonne chance

E P : C’est moi qui remercie le journal Forum Libre pour le travail de titan que vous faites pour la démocratie et la recherche de la paix au Cameroun.

Entretien réalisé par Prince Aristide Ngueukam

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here