Exclusion à la réunion des Bamilékés du G30 : Quand le Pouvoir de Yaoundé torture les hommes d’affaires Bamilékés

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Le patriache Fotso Victor et Maurice Kamto

Exclusion à la réunion des Bamilékés du G30

Kamto dépasse Fotso Victor !

Le Patriarche de Bandjoun a récemment  exigé l’exclusion de l’opposant Maurice Kamto du Groupe Social du 30 (Gs 30), qui rassemble les opérateurs économiques et l’élite Bamiléké. En réalité, un Groupe qui  constitue  certes un puissant lobby, mais qui est, avant tout,  apolitique de par ses Statuts. Venant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), cet  acte qui voudrait en faire un comité de base du parti au pouvoir n’a pas été bien accueilli. En tout cas, le patriarche Fotso Victor, malgré tout le respect dû à son âge et à son rang, s’est finalement planté dans l’incapacité d’exclure Kamto Maurice du G30. La honte !

Cette information a été à la fois ahurissante et insolite, et a démontré, s’il en était encore besoin, jusqu’à quelle profondeur abyssale le Rdpc pouvait  entraîner ses plus « valeureux » cadres. Tout simplement parce que ces derniers veulent démontrer leur soutien total et sans condition à Paul Biya, et le rejet total de Kamto et son Mouvement de la renaissance du Cameroun (Mrc), par les Bamiléké.

En effet, le 4 mai dernier à Bandjoun, lors de la session mensuelle de la tontine du Gs 30 qui s’est tenue à sa résidence, Fotso Victor a réclamé aux membres, qui sont des opérateurs économiques et élites Bamiléké de haut vol, l’exclusion de Maurice Kamto. Pour le milliardaire de Bandjoun et membre titulaire du Comité central du Rdpc, « ce  dernier est une dent cariée qui peut pourrir toute la bouche, et il vaut mieux s’en débarrasser ».

Le pêché d’être opposant au régime Biya

Pour la gouverne, ce n’est pas pour avoir accumulé des retards de cotisations, encore moins pour avoir désobéi à quelque article du Règlement intérieur du Gs 30. Le seul fait d’être opposant et plus grave : d’avoir osé défier le créateur Paul Biya à la Magistrature suprême, est largement suffisant pour le patriarche Fotso Victor, pour en faire un paria, qui mérite une radiation sans préavis ni indemnité.

En clair, Maurice Kamto est indésirable. Une attitude qui renvoie à son discours du 2 mars 2019 à Bayangam, à  l’occasion d’une cérémonie organisée par Madeleine Tchuente, la ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation, qui remerciait le président Paul Biya de l’avoir maintenue au gouvernement. En référence à Maurice Kamto, l’homme d’affaires s’était exprimé en demandant aux ressortissants de l’Ouest, qui est sa région d’origine, de ne pas briguer la magistrature suprême. « (…) C’est ça que j’ai tenu à dire à tous les nouveaux politiciens. Plus particulièrement mes frères Bamiléké. Il y a des postes qu’on veut vous donner mais que vous refusez. Vous pouvez les refuser parce que ça vous dépasse, vous pouvez dire ça me dépasse je ne peux pas accepter. Mettez-vous ça dans la tête. Parce qu’il n’est pas possible pour une panthère d’attraper le gibier et passer comme ça au milieu des lions. Je vous le dis (…) Je vous jure ce n’est pas votre temps. Votre temps va venir. Je ne serai pas là. C’est Ahidjo qui l’avait dit. Allez doucement. Vous êtes pressés. Le pouvoir ne se partage pas. On fait semblant… ».

Une tentative échouée !

La  déclaration de Fotso Victor du 4 mai dernier, n’a pas fini de susciter des réactions, face à cette absurdité, même si certains y ont vu tout simplement le sentiment d’un opérateur économique soucieux de  protéger ses positions de rentes vis-à-vis du régime en place.

Selon certaines indiscrétions, certains de ce Groupe qui constitue le plus important milieu des hommes d’affaires bamiléké,  présents lors de cette réunion auraient acquiescé de la tête ou saluer la sagesse du patriarche, mais sans commentaire, pendant que d’autres s’en seraient offusqués sous silence séance tenante, et n’auraient pas riposté juste à cause du poids du droit d’aînesse. Parmi ceux qui ont ébruité l’affaire, bon nombre pense que leur groupe est loin d’être un parti politique et les décisions doivent être conformes aux textes en vigueur que sont les Statuts et le Règlement intérieur. Très loin de la volonté d’un homme, fut-il un patriarche respecté. Lequel n’a pas du tout pensé aux conséquences d’une telle exclusion, à l’instar des avoirs ou les droits du membre à exclure, et même du préjudice subi dans ce cas. Et si le membre exclu portait justement plainte au Groupe à la suite d’une telle exclusion arbitraire ?

Décidément, le spectre de Kamto Maurice plane partout désormais. Avec cette intention déclarée de Fotso Victor, on a aussitôt compris pourquoi certains membres de cette réunion, cadres du Rdpc, ont été pris à partie. Cela a aussi permis d’avoir la certitude sur le fait que les problèmes de certains hommes d’affaires de la Région de l’Ouest au lendemain de la présidentielle du 7 octobre 2019, accusés d’avoir soutenu le Mrc, ne vient pas de loin. Certains Camerounais ne paieraient-ils cher pour leurs opinions dans un pays dit démocratique ?

Des précédents…

On se souvient que dans le cadre d’une visite de crise au sein du parti au pouvoir, Jean Nkueté, le Secrétaire général du comité central du Rdpc était à Bafoussam, le 29 mars 2019. Au cours de la rencontre, qu’il a présidée pendant 4 heures d’horloge à huis-clos, et à laquelle ont pris part les autorités administratives, les responsables du parti à la base, il était question de panser les nombreuses plaies qui pourrissent la vie du parti au pouvoir dans la circonscription politique de la Mifi, et dont les séquelles encore non cicatrisées étaient les mauvais résultats enregistrés lors de la dernière élection présidentielle. A cette occasion,  des voix se sont élevées pour décrier un certain nombre de situations désagréables, avec en prime la dénonciation de la médisance chez certains responsables du parti à l’Ouest.

En effet, l’homme d’affaires, sénateur et chef de la délégation permanente et  départementale du Comité central du Rdpc pour l’Ouest,  s’est trouvé, comme par hasard, au cœur d’une curieuse polémique, où il était accusé, par certains de ses camarades, d’être le traître du parti de la flamme, pour avoir «financé le Mouvement de la Renaissance du Cameroun (Mrc)» lors de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018.

C’est ainsi qu’il s’est trouvé en train de se défendre avec la dernière énergie, en utilisant des mots justes pour nier toutes les grossières accusations qui allaient en sa défaveur, tout en pointant du doigt, un de  ses détracteurs. « Je voudrai profiter de cette séance de travail pour exprimer mon indignation par rapport à une certaine dérive et pratique des camarades. Il y a quelques temps, le Prof Pettang Crispin, l’un des chargés de mission de la délégation régionale permanente du comité central de l’Ouest déclarait au cours d’une réunion avoir en sa possession, une liste de nos militants qui ont financé le Mrc. Depuis lors, je suis pointé du doigt partout où je passe comme principal acteur d’une telle traîtrise. J’ai le sentiment profond d’être persécuté par mes propres camarades du parti. Oui ! Je fais l’objet de trop d’attaques et d’hostilités quotidiennes des personnes de ma famille politique. Je me souviens d’avoir réalisé quelques projets pour faire rayonner le Rdpc à l’Ouest en général et dans la Mifi en particulier afin de lui permettre d’affronter victorieusement l’élection présidentielle. Je citerai quelques exemples à l’instar de la réfection de la maison du parti, le financement consistant de la campagne présidentielle, l’octroi des bourses scolaires et universitaires aux enfants de la Mifi et à l’Ouest. La construction d’un pavillon moderne pour les constructions externes à l’hôpital régional de Bafoussam, la rétrocession à l’Etat de 118 salles de classes etc. Que dois-je faire de plus pour mériter la confiance de mes camarades et continuer d’incarner une expérience d’actions et de sincérité ?»,  avait alors martelé Sylvestre Ngouchinghe.

A cette allure de nombreux élites Bamilékés et militants du Rdpc affirment craindre désormais de s’afficher publiquement ou d’entreprendre des affaires avec des militants du Mrc de peur d’être accusés d’être des financiers de Maurice Kamto et de voir leurs affaires prendre du plomb dans l’aile. Pour l’heure, Kamto Maurice reste membre du Gs 30, n’en déplaise à la volonté du patriarche Fotso Victor qui ne veut plus le voir dans ses environs, partout où il peut se trouver. Mais jusqu’où cette torture psychologique à l’endroit des hommes d’affaires bamilékés par le pouvoir de Yaoundé pourrait-il aller ?

Prince Aristide Ngueukam

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