Importation du pétrole brut: Les raisons du choix du financement Mourabaha par l’Etat et la Sonara

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ALAMINE OUSMANE MEY. Ministre de l’économie du Cameroun et IBRAHIM TALBA MALLA, DG SONARA

Au moment où la Sonara poursuit l’implémentation de son projet d’extension et de modernisation et dans un contexte marqué par un débat vif au sujet du choix de l’Etat et de la Sonara pour  le financement Mourabaha conclu  récemment entre le Cameroun et la BID, pour l’importation du pétrole brut en période d’arrêt programmé des unités de fabrication de l’entreprise, il convient de rappeler que le top management de la Sonara conduit par son directeur général, Ibrahim Talba Malla et le gouvernement ont  travaillé sur le dossier de financement pendant plusieurs mois.

  • La première phase des travaux d’extensions et de modernisation de la SONARA est à 96.8% et la mise en production des nouvelles installations est prévue à la fin du mois de Juillet 2018.
TALBA MALLA. DG SONARA

En arrêt programmé  de ses unités de fabrication depuis le 15 avril dernier  pour une reprise d’activités vers la fin du mois de juillet 2018, la Société nationale de raffinage (Sonara) n’aura aucune difficulté à ravitailler le marché nationale en produits pétroliers raffinés jusqu’au redémarrage des unités. Dans un communiqué datant du 19 avril 2018, son Directeur général  donne les raisons de l’arrêt programmé : « Le présent arrêt de la raffinerie permettra à la Sonara de réaliser la connexion des unités de la phase 1 de son projet d’extension et de modernisation aux installations existantes pour marquer ainsi la fin de cette première phase dudit projet ».

Par un décret du 2 janvier 2018, le président de la République, Paul Biya, a autorisé le ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat), à signer avec la Société internationale islamique de financement du commerce (IFTC), organe spécialisé du Groupe de la Banque islamique de développement (BID), un accord de prêt d’un montant de 44,6 milliards de FCFA (Soit 68 millions d’euros). D’après le décret présidentiel, le prêt de la Banque Islamique de Développement(BID), du type « Mourabaha », est un contrat d’une marge bénéficiaire connue et convenue entre la BID et le Cameroun. L’argent dont il est question ici va servir au financement des importations  du pétrole brut par  la Sonara. Même si la quantité n’est pas mentionnée dans le décret signé du président Paul Biya, il convient de rappeler que les importations de pétrole brut sont loin d’être une nouveauté. Car, l’année dernière, la Sonara a concentré 78% du volume global de 618 833 m3 de produits pétroliers importés : soit 286 400 m3 de super, 246 000m3 de gasoil, 63 535 m3 de DPK (Dual Purpose Kerose), 6257 m3 de fuel 1500 et 16 641 m3 de fuel 3500.

Genèse et impacts du financement Mourabaha conclu le 19 février 2018 : Talba Malla à la manette.

Au moment où la Sonara poursuit l’implémentation de son projet d’extension et de modernisation et dans un contexte marqué par un débat vif au sujet du choix de l’Etat et de la Sonara pour  le financement Mourabaha  conclu le 19 février dernier  entre le Cameroun et la BID, pour l’importation du pétrole brut en période d’arrêt programmé des unités de fabrication de l’entreprise, il convient de rappeler la genèse d’un tel financement, ses avantages pour l’économie nationale et l’impact positif qu’il aura à très court terme sur la capacité de la Sonara à ravitailler le marché en produits pétroliers finis.

En effet, le financement « Mourabaha » obtenu récemment par l’Etat du Cameroun auprès de la BID est le fruit d’une série de réunions qui se sont déroulées au sein du ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat) à Yaoundé. Au Minepat, l’on renseigne que le dossier a été préparé à la base par le Dg de la Sonara, Ibrahim Talba Malla et ses collaborateurs.

Il faut rappeler  que la première réunion remonte au  21 septembre 2017. Au terme de cette rencontre, pour le suivi de l’avancement du dossier de financement par l’IFTC des importations de pétrole brut par la Sonara, plusieurs recommandations ont été faites : « Le MINEPAT doit saisir immédiatement les services du premier ministre pour obtenir le décret d’habilitation, le MINEPAT doit informer l’ITFC des réserves formulées par le CNDP sur la section 19 Art. 1. ; Le représentant de la CAA doit préparer un projet de texte pour la création d’un groupe de travail chargé de la préparation des opérations de décaissement du financement par l’ITFC.  Ce projet sera soumis au DG de la CAA (exécuté), Le MINEPAT doit saisir l’ITFC pour la préparation de l’accord quadripartite (exécuté). Après cette étape, le CNDP a donné son avis sur le financement par l’IFTC de l’achat de pétrole brut de la Sonara du 16 août 2017. ». Cet avis a, apprend-on, été donné avec trois réserves : la mise en œuvre du programme économique et financier en cours avec le FMI a réduit la marge de manœuvre de l’état dans l’augmentation de ses engagements extérieurs, notamment en ce qui concerne les prêts non concessionnels dont l’enveloppe disponible est de 70 milliards F CFA.  Le financement de l’ITFC étant un prêt non concessionnel, le CNDP a proposé qu’il soit mis en place à partir de 2018 d’une part ; Le CNDP a attiré l’attention du MINEPAT sur les aspects juridiques de la convention de ce financement, portant sur la renonciation de l’Etat à son immunité d’exécution d’autres parts et enfin le CNDP a sollicité la signature d’un accord quadripartite entre l’ITFC, l’Etat, la SONARA et la banque domiciliataire.

Ce n’est donc qu’après cette autre étape du processus de préparation du dossier d’obtention du financement Mourabaha que sera signé le 2 février 2018 le décret d’habilitation par le président de la République. Puis interviendra, le 11 avril 2018, la signature de l’avis juridique relatif au financement Mourabaha à hauteur de 68 millions d’euros (44,6 milliards de FCFA), conclu le 19 février 2018 entre le Cameroun et l’IFTC

du Groupe de la Banque islamique de développement pour l’achat du pétrole brut et leur vente au gouvernement du Cameroun.

L’avis conforme du conseiller juridique du gouvernement et les avantages du financement Mourabaha

L’avis juridique dont il est question a été signé par Séraphin Magloire Fouda, secrétaire général des Services du Premier ministre, le 11 avril 2018, en sa qualité de conseiller juridique du gouvernement du Cameroun.

Conclu entre le Cameroun et la BID, le financement du type Mourabaha va permettre à la Sonara de ravitailler le marché national en produits pétroliers finis sans aucune difficulté. Selon des experts du secteur bancaire, l’Etat et la Sonara n’ont pas misé sur ce type de financement pour rien. « En effet, ces types de financement ont des taux d’intérêts très bas (proches parfois proche de 1% ou de moins  1%). Tout comme les mécanismes de remboursement sont assez souples. Une fois que vous avez reçu le crédit et que vous avez effectué le remboursement, cela vous ouvre automatiquement la voie à de nouveaux prêts, et ainsi de suite. Et donc, il est normal  qu’en temps de crise économique, comme celle que vit le Cameroun depuis la chute des cours du pétrole en juillet 2014, de se retourner avec des banques qui offrent ce genre de crédits. Et au niveau mondial, il n’y a que des institutions financières internationales comme la Banque islamique de développement (BID) qui offre de telles opportunités », explique un banquier à Douala. De nombreux spécialistes de la finance internationale indiquent que les institutions internationales comme la Bid ne donnent pas leur accord pour ce type de prêt si les entreprises demanderesses ne sont pas bien gérées.

Arrivé à la tête de la Sonara en 2013, l’un des premiers défis de l’actuel DG de l’entreprise, Ibrahim Talba Malla, fut de renégocier rapidement les taux d’intérêts relatifs à la dette de la Société nationale de raffinage auprès des banques commerciales locales. Car, confronté aux difficultés de l’Etat, la Sonara n’arrivait plus à honorer ses engagements auprès du secteur bancaire. Il fallait donc discuter et voir dans quelle mesure revoir à la baisser les taux d’intérêts de certains crédits. Puis est venu l’idée de recourir au financement Mourahaba, afin de permettre à l’entreprise de pouvoir approvisionner le marché national sans la moindre difficulté. « Avec ce type de financement, la Sonara pourra désormais mieux approvisionner le marché, sans se heurter aux difficultés d’accès au crédit », confirme un haut commis de l’Etat au ministère des finances du Cameroun.

Prince Aristide Ngueukam

ALAMINE OUSMANE MEY. Ministre de l’économie du Cameroun et IBRAHIM TALBA MALLA, DG SONARA

FOCUS: Travaux d’extension et de modernisation de la Sonara .

La première phase est à 96,8% et la mise en production des nouvelles installations prévue à la fin du mois de juillet 2018

Après la première phase qui a duré huit ans au lieu de quatre, la 2nde phase du projet d’extension et de modernisation de la Sonara dépend aujourd’hui de la capacité du Cameroun a trouvé des financements grâce à un  modèle financier basé sur un compte d’exploitation bénéficiaire. C’est connu que les difficultés financières de l’Etat sont pour beaucoup dans les retards de déploiement du projet.

Le grand projet d’extension et de modernisation de la Sonara, dont le budget est  de 400 milliards de FCFA, n’est  globalement exécuté à ce jour qu’à hauteur de 30%. Alors qu’elle ne devait durer que quatre années, la 1ère phase du  projet d’extension et de modernisation  a finalement  duré huit ans. S’agissant de la première phase justement, son  taux d’exécution est de 96,8%. Elle   sera entièrement terminée d’ici la fin du mois de juillet 2018. « Nous profiterons de l’arrêt programmé des activités de la Sonara,  qui a démarré le 15 avril dernier, pour finir les 3,2% de travaux qui restent. Car les activités vont reprendre vers mi-juillet  2018», fait-on savoir à la Sonara.

Sur les causes du retard enregistré dans la réalisation de la première phase du projet, des sources proches du dossier dans les services du Premier ministre à Yaoundé expliquent : «Les difficultés financières de l’Etat et les nombreux défis qu’il doit relever sur divers plans  tels que la crise économique  , insécurité en RCA , les projets structurants, la lutte contre la vie chère, la guerre contre Boko Haram, sont à l’origine des délais prolongés. Tout en précisant qu’il n’y a pas que ce projet qui traine, j’aimerais vous rappeler la crise financière, qui  a commencé aux Etats-Unis en 2007/2008, a eu  des répercussions sur les prix des denrées alimentaires au niveau mondial. La  crise en question  a impacté les prix  certains produits de grande consommation.  Ayant les émeutes de février 2008 sous la main, l’Etat  a pris des mesures pour soulager la population (exonération des droits de douanes sur certaines denrées alimentaires, subvention  du carburant à la pompe). Et cela a réduit les possibilités de l’Etat de réaliser des recettes et  a alourdit sa dette  envers la Sonara ».

La 2ème phase du projet démarre en fin juillet 2018

Selon des informations de Forum Libre, le projet d’extension et de modernisation de la Sonara est en effet un projet scindé en deux phases pour des raisons stratégiques à cause de  son coût d’implémentation élevé. Il est à noter que la 1ère phase a été réalisée à hauteur de 96,8% en  fin mars 2018. Celle-ci comprend, entre autres, le dégoullotage des installations existantes, la construction d’une distillation sous vide, la construction d’un deuxième reformeur catalytique, la construction d’une unité de cogénération et la construction de 10 bacs de stockage.

La deuxième  phase, en ce qui la concerne,  se résume en la construction d’une unité d’hydrocracking.

Chantier de la SONARA: Les Travaux avancent

Il faut rappeler qu’en tenant Compte du délai du commissioning et du démarrage des unités, l’entreprise estime la mise en production des nouvelles installations à la fin du mois de juillet 2018. Et des différentes installations de la première phase du projet,  une partie (l’unité de lutte contre l’incendie, l’unité de production d’azote, trois bacs de stockage sur les dix nouvellement construits, etc.) est déjà en service. « Les sept (07) autres bacs de stockage  seront commissionnés avant la fin des travaux de l’arrêt », expliquent des sources au ministère de l’eau et de l’énergie, la tutelle technique de la Sonara.

Recherche de financement pour de  la 2ème phase

Il faut rappeler que la recherche de financement pour de  la 2ème phase a fait l’objet de l’appel d’offre  du Minmap il y a quatre ans. Celui-ci a été  rendu public par le même département ministériel le 15 mai 2014. Les travaux n’ont pas encore commencé en raison de la recherche de financement en cours. « Elle dépend de l’élaboration d’un modèle financier basé sur un compte d’exploitation bénéficiaire, tel qu’identifié par le groupe de travail chargé de la restructuration de la Sonara », confie une source proche du ministère des finances. « C’est à la faveur du Plan de restructuration qu’un groupe de travail chargé de l’élaboration de la stratégie visant à assurer la soutenabilité de la structure des prix des hydrocarbures et la viabilité financière de la Sonara, de concert avec le FMI et placé sous l’égide du Minfi, a été mis sur pied », expliquent les mêmes sources du Minee.Plus loin elles indiquent que les différents mesures  proposées et implémentées selon un chronogramme bien précis et contenu dans le document de stratégie avec le Fmi  permettront à cours sur de produire un business plan à même de soutenir la bancabilité des projets d’investissements de la Sonara.

 

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