La pénurie du sucre en poudre asphyxie les agro-industriels

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Le constat est fait par les membres du Syndicat National Patronal des Boulangers et Pâtissiers du Cameroun qui plaident par ailleurs en faveur des importations pour satisfaire la demande locale et sauver les Pme nationales. Face  à l’incapacité continue de Sosucam à couvrir le marché, la présidence de la république une fois de plus interpellée pour libérer le marché.

 

Interrogé sur la capacité de la Sosucam à satisfaire le pays en sucre, un haut responsable du ministère du Commerce déclarait, il y a quelque temps : « la production nationale est suffisante et il n’y a aucune alerte sur la capacité de production de Sosucam ».

Pourtant le constat fait dans la plupart des points de vente par les grands distributeurs, les commerçants et les consommateurs reste le même : l’offre en sucre est très insuffisante dans nos marchés depuis plusieurs mois.

Après les fidèles musulmans  qui ont vécu –pour une des rares fois- une période de Ramadan 2016 presque sans sucre dans certaines localités, c’est autour des acteurs économiques opérant dans le secteur de la boulangerie et de la pâtisserie au Cameroun de tirer la sonnette d’alarme. Ce ras-le-bol se justifie par le fait que de la rareté (période pendant laquelle le prix du sucre est passé de 21 000 Fcfa à 32 000 voire 33 000 Fcfa), l’on soit arrivé à la « pénurie » du sucre sur les marchés locaux.  

« Il est de plus en plus difficile de s’approvisionner en sucre en poudre sur le marché local », ont-ils écrit le 26 août dernier au Mincommerce, lui demandant de prendre les mesures nécessaires afin que cette précieuse denrée, qui est une matière première pour nombre d’entre eux, soit disponible.

Hormis le Syndicat patronal des boulangers et pâtissiers du Cameroun (SPBC), qui  ne cache pas ses inquiétudes, il y a également les agro-industries spécialisées dans la production des boissons gazeuses, y compris des produits finis tels que les yaourts.

Plusieurs opérateurs de la filière, à l’instar de Camlait, Soticam, et autres, confirment la rareté du sucre en poudre sur le marché. Et pour plusieurs boulangers approchés à ce sujet, l’une des premières conséquences de la pénurie du sucre sur le marché c’est la hausse des prix. 

Cette situation décriée par les patrons des Pme et Pmi est très préjudiciable pour ces structures dont la fragilité n’échappe à personne. Car la pénurie du sucre continue entraînerait fatalement une cessation pure et simple de leurs activités avec tous les incidents sociaux que l’on pourrait imaginer. Pendant ce temps, les pouvoirs publics cèdent aux caprices  et au chantage de Sosucam, sous le prétexte qu’il faudrait sauver les emplois. Est-ce à conclure que seuls les Camerounais travaillant à Sosucam méritent que leurs emplois soient préservés et pas d’autres ?

Face à l’incapacité de Sosucam, les Agro-industriels dénoncent et plaident pour l’importation.

En tout cas, ils ont signifié leurs désarrois aux pouvoirs publics à travers une correspondance adressée au ministre du Commerce dans laquelle ils justifient la menace qui pèse sur leurs activités suite à la pénurie du sucre, leur principale matière première. Aussi plaident-ils en faveur des importations pour satisfaire la demande et sauver les Pme locales.

Et du coup, voilà qui relance en réalité non pas le débat sur les capacités réelles de la  production sucrière au Cameroun, mais surtout l’opportunité de la mesure interdisant les importations du sucre.

C’est le lieu de rappeler que la Sosucam déclarait récemment disposé d’un stock de 46 000 tonnes de sucre dans ses magasins, alors même que le spectre de la pénurie était bien perceptible. Et c’est d’ailleurs la voix la plus autorisée de Sosucam qui l’annonce lors du lancement de la campagne sucrière de 2016 où la crainte a été réelle. «…Depuis novembre 2015, la campagne sucrière 2016 est dominée par une sécheresse sans précédent. C’est une calamité qui a entamé le potentiel de production nationale de 7 à 8%», avait déclaré Louis Yinda, le Pdg de Sosucam, le 17 février 2016 lors d’une rencontre avec la presse.

Cet aveu du patron de Sosucam indiquait à suffisance l’état du marché sucrier au Cameroun, avec la seule grande usine qui est dans l’incapacité de couvrir la demande locale. D’ailleurs, tous les experts du commerce national et international n’ont cessé de décrier la situation de monopole dans une économie de marché. A la réalité Sosucam, ne peut approvisionner le marché local, bien que les gens aient fait des analyses qui faussent complètement les données.

Il faut souligner que la demande nationale en sucre au Cameroun oscille entre 250 et 300 000 tonnes par an. L’offre cumulée de la Sosucam (qui a tablé sur 124 000 tonnes en 2015-2016) et des petites unités locales comme Nosuca, Sumocam, etc. peinent à la satisfaire. D’où la nécessité d’ouvrir le secteur en autorisant des exportations suspendues depuis le 21 août 2014 par le gouvernement qui  voulait «protéger» l’industrie locale mise à mal.

Aux sources du ministère du commerce.

« Avec 130 000 t/an, la production de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) reste loin de satisfaire les besoins de la consommation évaluée à 300 000 t. D’où la nécessité, à défaut d’encourager les onéreuses importations, de s’investir à la production de la canne à sucre ».

La réflexion est de Luc Magloire Mbarga Atangana, lors d’une concertation avec les différents opérateurs de la filière, il n’y a pas longtemps. But de la rencontre : s’assurer de la disponibilité du sucre sur le marché, de la constitution d’un stock pouvant couvrir le marché local jusqu’en fin d’année au moins et de l’accessibilité du prix au consommateur. Comme quoi affirme t-on sous cape le Mincommerce serait particulièrement favorable à la levée de la suspension des importations. Il aurait même, selon nos sources ayant requis l’anonymat, fait des propositions idoines pour une bonne régulation du marché ; toute chose qui éviterait une asphyxie aussi bien pour les agro-industries que pour les consommateurs qui subissent, la mort dans l’âme, la flambée du prix du sucre.

D’ailleurs, le constat de l’incapacité actuelle de Sosucam à approvisionner le marché national ne survient pas seulement cette année. Cette situation remonte à des années antérieures. Ce qui avait obligé les pouvoirs publics à accorder des autorisations d’importation aux opérateurs économiques ayant les capacités pour le faire. Cette mesure avait permis de juguler la pénurie et rendre le sucre disponible sur l’ensemble du territoire.

La situation n’est donc plus à la tergiversation, il faut approvisionner le marché local en sucre et fournir les magasins en permanence et avoir des stocks assez importants pour faire face à la forte demande des petites et moyennes entreprises. Une autre période de forte demande pointe déjà à l’horizon à savoir les fêtes de fin d’année. Il faut anticiper sur les stocks compte tenu des échéances à venir. Il est impératif de lever la mesure interdisant les importations et délivrer les autorisations d’importation aux opérateurs bien répertoriés par le ministère du commerce afin de «prévenir les conséquences dues au manque du produit ou alors de la surenchère causée par les petites quantités, surtout que ce n’est qu’en janvier prochain que Sosucam redémarrera ses activités.

La présidence  toujours interpellée

Des informations glanées dans les couloirs du ministère du Commerce révèlent  que les plaintes des agro-industries ont été transmises à la fois au Premier ministre chef du Gouvernement et à la présidence de la République qui pilotent en réalité le « juteux » dossier du sucre.

Cependant à en croire des responsables des questions économiques en service au Palais de l’Unité, le monopole accordé à Sosucam est une affaire décidée par un lobby ayant des accointances avec le patron du secrétariat général de la présidence de la République. « Face à la puissance de ce lobby, le ministre du Commerce est frêle, impuissant, vulnérable et donc incapable de faire le contrepoids. Mbarga Atangana ne dispose d’aucune marge de manœuvres lui permettant de décider, bien qu’il soit la tutelle technique. Il n’est presque pas consulté, son avis ne compte pas. Il reçoit des instructions de sa « hiérarchie » dont il ne fait qu’exécuter…. », Précise un des collaborateurs du Sg/Pr.

Quant aux opérateurs économiques, ces derniers reprochent au Mincommerce, de n’avoir pas tenu à l’engagement qu’il avait pris au lendemain de l’annonce de la mesure interdisant les importations, à savoir qu’il ferait une évaluation de la situation qui permettrait de juger des incidences de cette mesure et partant de son opportunité. « ….Depuis le mois d’août période à laquelle nous nous attendions à cette évaluation jusqu’à ce jour, le ministre du Commerce n’a toujours pas réagi. Bien que légaliste et loyal, ce qui nous inquiète, c’est de savoir s’il pourra résister aux pressions dont il subit…Nous attendons la réaction du chef de l’Etat… », Fulmine un opérateur de la filière.

Des sources au ministère du commerce affirment que  depuis quelques semaines ,Mbarga Atangana sous la pression des consommateurs et autres économiques-Agro-industriels- a tenu plusieurs réunions avec les responsables de la Sosucam où le mincommerce a tenu à leur signifier son mécontentement sur la pénurie qui s’intensifie  et ce à cause de leur incapacité à couvrir le marché. Dans les couloirs du palais d’Etoudi, il se susurre que le président de la république est au courant de la Mafia qui sévit dans ce secteur et savamment entretenu par ses proches collaborateurs qui ont tout à gagner dans ce business. Après les différentes sources d’informations reçus, Le Président  de la république va-t-il enfin sévir pour sanctionner pour ces collaborateurs qui ont pris en otage la filière sucre afin de  libérer les consommateurs ?

Tous les regards sont rivés vers la présidence de la République afin qu’une solution, qui va mettre définitivement un terme au déficit criard de l’offre en sucre au cameroun, soit trouvée.

 

                                                                                              Alain Cedric YOMPA

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