Liberté de presse: Libérez Lewis Medjo D.P du journal la Détente Libre incacéré à la prison de Bafoussam

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Incarcération de notre confrère Lewis Medjo

TRIBUNAL DE PREMIERE INSTANCE DE BAFOUSSAM

Dissimulation de la procédure, suppression et fabrication des preuves, puis … détention illégale. Tout a été mis en œuvre pour écrouer le Directeur de publication du journal « La Détente Libre » à la prison centrale de Bafoussam. Après un procès abracadabrantesque et manifestement à « huis-clos » (?) dont il n’aurait jamais eu vent du déroulement.

 

Joint par téléphone par un individu le 20 février 2017 qui sollicitait de le rencontrer, Lewis Medjo qui ne se doute de rien accepte l’invitation. Arrivé au lieu de la rencontre devant le ministère des Finances et après échanges des civilités, l’interlocuteur du Directeur de publication se présente comme étant un policier chargé d’exécuter un mandat d’arrêt décerné par le procureur près des tribunaux de première et de grande instance de Bafoussam.

Notre confrère sera trimbalé entre garde à vue et transfert à Bafoussam où il lui est finalement signifié sa mise sous écrou, subséquemment à un procès qui se serait déroulé en 2015 si l’on en croit la décision de justice dont nous avons pu obtenir copie.

En effet, Lewis Medjo aurait été accusé par une certaine Fotso Chebou Kamdem Fostine Villanneau de diffamation. Il ne nous revient pas d’estimer le bien-fondé d’une telle accusation, chaque citoyen ayant le droit d’attraire en justice son vis-à-vis s’il s’estime offensé, quitte à la justice de le débouter dans ses prétentions en jugeant non fondé ce que le plaignant présente comme une offense à sa personne. Tout comme nous ne sommes pas qualifiés pour apprécier la justesse et la justice du verdict dans la mesure où nous n’avons pas assisté à ce « procès ».

Il n’en demeure pas moins que notre confrère n’a jamais été avisé par qui que ce soit de l’ouverture d’un procès contre lui, et que par conséquent, ni lui, ni la presse camerounaise dans son ensemble, n’étaient au courant d’un procès intenté contre lui par son adversaire. Alors, comment les magistrats de Bafoussam ont-ils réussi à juger contradictoirement à l’égard des parties dans une affaire alors que la partie dont la liberté était en danger n’était ni informée, ni représentée ? Est-ce parce que la plaignante est très introduite en sa double qualité d’avocate et de député que la justice n’a pas jugé nécessaire de donner au prévenu la possibilité de se défendre ou d’apporter la preuve des allégations que l’autre partie a qualifiées de diffamatoire ? La question se pose encore de savoir de quel degré de manipulation la balance de la justice a fait l’objet pour pencher ainsi en faveur de la plaignante qui est manifestement au dessus de la loi !

Il ne suffisait pas seulement de prétendre que sa non comparution devant le tribunal lors des différentes audiences de l’affaire était une preuve  de son mépris pour la justice, il fallait aussi que ceux qui ont le « droit » de disposer de la liberté des citoyens vérifient qu’il avait été bel et bien informé de l’urgence de se présenter devant la justice. C’est comme si, pour prendre un exemple à un niveau inférieur, des policiers débarquaient chez un citoyen, se mettaient à le rouer de coups avant de l’embarquer pour le jeter dans une cellule sous prétexte qu’il n’avait pas déféré à une convocation à lui adressée par le  commissaire de police, en dépit du fait qu’il proteste ardemment de son ignorance de l’existence de ladite convocation.

 

 

Quand des magistrats ternissent l’image de la justice et scandalisent les tenants de l’indépendance absolue de la justice

 

Pour plus de justice, ce procès était à reprendre parce qu’entaché de nombreuses irrégularités. Mais aujourd’hui, Lewis Medjo est en prison, et l’on se demande ce qu’il va en advenir des citoyens si ceux qui  ont pour mission de rendre justice peuvent décider, même en foulant la loi et l’étique au pied, de les priver de leur liberté. Et dire avec ça que la presse, plus que n’importe quelle autre corporation, y compris les magistrats eux-mêmes plus frileux qu’à leur tour de perdre leurs avantages ou de se faire taper sur les doigts, est à l’avant-garde de la revendication ouverte de l’indépendance de la justice. A bien considérer la façon dont les juges traitent ingratement les journalistes –qui, certes ne s’attendaient pas à de la complaisance en guise de retour de manivelle-, on n’est pas loin de croire que cette indépendance de la justice signe l’arrêt de mort des professionnels de l’information. Autant le dire aujourd’hui, quitte à nous retrouver nous aussi derrière les barreaux.

 Consternation dans les milieux judiciaires

Jugée suffisamment grave par des organisations internationales de défense des droits de l’homme, l’affaire Ministère public et Fotso Chebou Kamdem Fostine Villanneau contre Medjo Lewis, Directeur de publication du journal « La Détente Libre » suscite de la consternation au sein de certains milieux judiciaires.

Pour de nombreux magistrats et avocats que nous avons rencontrés, cette incarcération est présentée par des experts, comme l’une des formes de violations et d’atteintes aux droits fondamentaux de la personne humaine pourtant décriée par le  procureur général près de la Cour suprême, dans ses réquisitions lors de la dernière rentrée judiciaire.

Dans un contexte national essentiellement marqué par la forte prégnance de l’interdiction de toutes formes de violations et d’atteintes aux droits fondamentaux de la personne humaine, il est pratiquement inadmissible de cautionner ou encore de laisser passer toute forme d’injustice sous peine de se rendre coupable d’indifférence ou d’inaction. C’en est assez de torpiller sans vergogne les droits fondamentaux des nobles citoyens qui aspirent simplement à vivre dignement dans la paix ; c’en est assez de décider au grand mépris des libertés publiques ; c’en est assez de malmener, de mésestimer, d’outrager le peuple camerounais.

Heureusement qu’il y a encore des magistrats qui ont le sens de la justice, comme vient de le démontrer le Procureur Général de la Cour suprême, Luc Ndjodo, lors de la dernière rentrée judiciaire. Mais si ces magistrats on doit les retrouver seulement au niveau de la plus haute juridiction nationale, c’est bien dommage, parce que bien avant qu’une affaire soit portée à leur niveau, un citoyen condamné injustement peut bien purger deux bonnes années de prison avant que l’on se rende compte qu’on n’aurait jamais dû le priver de sa liberté même pour une seule seconde. Le cas Paul Eric Kingue qui poursuit l’Etat du Cameroun aujourd’hui après avoir passé quelque huit années en prison est encore frais dans nos … esprits.

Ndam Njoya Nzoméné et Fouapong Mefire

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