L’industrie sidérurgique et métallurgique au Cameroun: Une surcapacité de production en qualité et en quantité

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-Au cœur de Prometal, Métafrique Steel et les Aciéries du Cameroun

L’industrie sidérurgique et métallurgique au Cameroun

Une surcapacité de production en qualité et en quantité

Une mission intergouvernementale visant l’implémentation des hautes instructions du chef de l’Etat sur le « made in Cameroun » s’est rendue à Douala le 13 mars 2019, pour une visite de travail, dans les unités de production des trois principales aciéries du pays, à savoir : Prometal, Les Aciéries du Cameroun, et Métafrique Steel. Elle est rentrée satisfaite de la qualité et la quantité des produits sortis des industries locales.

Sous la houlette de  Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce(Mincommerce), et Gabriel Dodo Ndoke, ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique(Minmidt), cette mission était aussi composée de Fru Calistus Gentry, le secrétaire d’Etat au Minmidt ; du représentant du ministère de Finances(Minfi) ; de celui de ministère de l’Economie, de la Planification, et de l’Aménagement du territoire(Minepat) ;  et des autorités de la Région du Littoral.

Etant donné que le secteur métallurgie est l’un des piliers de l’industrialisation du Cameroun, toute cette délégation avait pour objectif d’évaluer et de prendre des mesures nécessaires à la protection de l’industrie locale. En clair, il était question de se rassurer sur la disponibilité et la qualité des produits des entreprises métallurgiques installées  dans la capitale économique. Toutes choses qui rentrent dans le cadre de la volonté du gouvernement de voir les producteurs locaux fournir les chantiers des projets structurants et limiter substantiellement les importations.

Une surcapacité de production avec des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Tout est parti du fait que « le gouvernement a été saisi récemment par la filière sidérurgie-métallurgie. Ce regroupement d’entreprises dit être en surcapacité. Le Premier ministre a donc dépêché une mission interministérielle sur le terrain pour s’en quérir de la situation qui prévaut », a indiqué Luc Magloire Mbarga Atangana, lors d’un point de presse clôturant sa tournée, en compagnie de Gabriel Dodo Ndoke. Toutefois, a-t-il poursuivi, « Ce que nous avons vu est suffisamment édifiant sur l’existant et le potentiel ». Ce constat établi par le chef de cette mission intergouvernementale, au terme de la visite, résume à souhait l’état des lieux.  

En rappel, selon les statistiques de l’année dernière, les trois sociétés que sont  Prometal Aciérie, Les Aciéries du Cameroun, et Métafrique Steel, ont une capacité de production totale de 45 000 tonnes, pour un marché local de 14 000 tonnes, soit une couverture de 321%.

Pour ce qui est des tôles d’acier Lac (Laminage à chaud) et Laf (laminage à froid), ces industries produisent 36 000 tonnes, pour un marché locale de 21 000 tonnes, soit un taux de couverture de 171%.

S’agissant des fils recuits, cette production est de 5160 tonnes pour un besoin de 1 800 tonnes, soit un taux de couverture de 287%.

Conséquence : le fonctionnement de l’outil de production de façon globale se situe entre 30 et 50% de ses capacités. Un outil de production que les membres du gouvernement ont pu observer par eux-mêmes dans les unités et qui ont fait dire à Luc Magloire Mbarga Atangana: « Ce que nous avons vu aujourd’hui nous a édifiés sur la capacité de notre industrie à approvisionner notre marché. Ce qui se fait est largement suffisant. Les capacités installées sont au-delà des besoins ».

 

Des industries de qualité pour des produits de qualité

La mission gouvernementale a visité tour à tour les entreprises de la filière, toutes situées dans la zone industrielle de Bassa, arrondissement de Douala 3ème. La descente les a menés sur les différents sites des producteurs d’Acier à Ndogbati au lieu dit Institut panafricain de développement, où la visite des aciéries du Cameroun a révélé une importante quantité de production et une variété des produits dans cette unité bâtie sur environ 10 hectares, et disposant d’un laboratoire entièrement moderne.

Avec ses 500 employés permanents et 700 temporaires et sous-traitants, les Aciéries du Cameroun est un complexe multifonctionnelle avec ses trois secteurs consacrés aux fils d’attache avec ses dimensions variées, aux tubes et aux tôles et brouettes. Toutes choses qui ont impressionné la mission intergouvernementale.

Ensuite, la délégation s’est rendue dans la zone industrielle de Bassa, notamment à Métafrique Steel, puis à Prometal.

Spécialisés dans la production du fer à béton de toutes variétés, avec un appoint sur les produits de récupération recyclés, la société Métafrique Steel S.a. couvre un espace de près de 5 000 m2 avec 280 employés permanents et 160 emplois indirects

A Prometal Aciéries, qui est le leader national de la sidérurgie et de la métallurgie, sous le guide de son directeur administratif et financier  Ali Karki la délégation a pu admirer la nouvelle acquisition de l’entreprise spécialisée dans la transformation de métaux lourds, un four à arc électrique d’une capacité de production de 200 000 tonnes par an. Et aussi les autres unités du Groupe Prométal, notamment Prométal 1, Prométal 2, 3, et bientôt Prométal 4.

Les 900 employés de ces trois usines font tourner à plein régime les mastodontes de fer: ateliers de fabrication de tubes métalliques de tous calibres, tôles, fer à béton, brouettes, limes, machettes, pointes, fils tréfilés etc. Avec une production moyenne de plus de 90.000 tonnes de fer à béton par an, hors production profilage, métal agricole et tréfilage, Prometal connaît une importante production composée d’une cinquantaine de produits en acier. D’autres parts, les aires de stockage des Aciéries du Cameroun ne désemplissent également pas. La délégation ministérielle a pu noter 5000 brouettes, 2000 tonnes de fer à béton ou encore des millions de pointes visibles en stock.

Pourtant, des malaises et des doléances.

Au nom de tout les producteurs de l’industrie métallurgique au Cameroun, le président directeur général de Prometal, a soumis les doléances des acteurs du secteur, notamment l’arrêt des importations ;  car, la production locale est de qualité et largement au-dessus de la demande et qu’ils sont prêts à affronter toute concurrence sur le plan régional et international. Et pour cela, « l’accompagnement de l’Etat est la seule certitude par laquelle nous pourrons y arriver».

Pour sa part, Mr David Tchuemeni, directeur général des Aciéries du Cameroun, seule entreprise à capitaux 100% camerounais dans cette industrie de pointe a tenu à préciser que le 2e pont sur le Wouri, les stades de Japoma à Douala, et Olembe à Yaoundé, pour la Coupe d’Afrique des nations de football 2021, des barrages hydroélectriques, des autoroutes, sont là quelques chantiers qui ont été fournis, en totalité ou en partie, en matériaux fabriqués localement, par les Aciéries du Cameroun du Groupe Fokou, Métafrique et l’Aciérie Prometal,

Autant de repères qui attestent que le secteur métallurgique camerounais est dynamique et est en pleine vitalité. Mais malheureusement, la production massive et variée des entreprises de ce secteur cache un sérieux malaise. Notamment en ce qui concerne les difficultés pour ces entreprises à écouler leurs importants stocks. Pourtant, l’Etat camerounais, notamment le Premier ministre Joseph Dion Nguté, a instruit les membres du gouvernement, de tout mettre en œuvre pour réduire substantiellement les importations et résoudre le problème de déséquilibre de la balance Commerciale. En réalité, Cometal, Prometal, ou les Aciéries du Cameroun sont confrontés à la rude concurrence des produits de qualité venus de l’extérieur. C’est d’ailleurs l’une des raisons fondamentales de cette mission : « le ministre du Commerce et celui de l’Industrie sont à Douala pour analyser les contours d’une situation qui préoccupe le gouvernement. Il est question d’explorer deux pistes. Soit interdire les produits étrangers sur le territoire camerounais, soit accompagner financièrement ces entreprises », révèle une source autorisée.

C’est ainsi que le Mincommerce a rappelé la volonté du gouvernement de « limiter, voire stopper certains types d’importation », afin de ne plus être « tributaires des convulsions du marché international ». Car, à la suite des plaintes des acteurs du secteur qui disent être en surcapacité, il fallait donc pour le gouvernement s’assurer, que le trio leader de la filière (tubes, fils recuits, tôles d’acier), peut véritablement répondre à la demande en se penchant sur leur technicité, leur logistique, leur respect des normes. Une sollicitation entendue par le Mincommerce et le Minmidt, qui ont assuré que « le gouvernement ne ménagera aucun effort pour faciliter le développement de l’industrie métallurgique locale et même d’accompagner toutes les entreprises voulant faire face, au grand marché de plus d’un milliard et demie de consommateurs qui s’annonce, avec l’entrée en vigueur de la zone de libre échange continentale imminente.»

C’est dans cette optique que Luc Magloire Mbarga Atangana a insisté sur la nécessité d’avoir une vision plus large et sur le long terme: « Il faut produire pour satisfaire la demande locale, Il faut produire pour exporter ». C’est pourquoi, il a encouragé cette production de masse qui permettra selon lui, au Cameroun « d’intégrer dans de bonnes conditions la future Zone de libre-échange intercontinentale (Zlec)».

Prince Aristide Ngueukam

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