Présidentielle 2018: Comment l’opposition camerounaise a refusé de prendre le pouvoir

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Palais d'Etoudi

« Tel on fait son lit, tel on dort ». La maxime est bien connue et s’applique, dans le cas d’espèce de l’interminable contentieux électoral dans lequel le Cameroun est plongé depuis la proclamation des résultats définitifs du scrutin présidentiel, à l’opposition camerounaise, qui, pour la cinquième fois depuis 1992, vient de rater le coche de la prise du pouvoir, pourtant à portée de main. Une fois de trop, pourrait-on dire.

 

Au commencement fut la question de la candidature unique dans le but de fédérer toutes les sensibilités opposées au régime en place autour d’une plateforme commune incarnée par un candidat consensuel, chargé d’implémenter un programme de gouvernement commun et transitionnel en cas de victoire. La victoire contre un candidat président sortant quia maillé et mappé le terrain par le truchement d’une organisation politique  qui garde encore les reflexes d’un parti-Etat, le RDPC, en dépendait.

Chacun des leaders de l’opposition y est allé de sa faconde, exhibant sa bonne volonté, mieux sa disposition même à s’effacer pour rendre la chose possible. A condition que ce soit lui, chacun voyant midi à sa porte. C’étai du « un pas en avant, un pas en arrière ». Et finalement du surplace.

 

Jusqu’à ce qu’à la dernière minute, les égos surdimensionnés priment sur l’intérêt général.

 

Le résultat des courses, on ne le connait que trop : 28,72% pour toute l’opposition, contre 71,28% pour  Paul Biya qui a beau être prétendument grabataire, n’en joue pas moins vieux maître de Kung-fu chinois face à la jeune brute : il plie, mais ne rompt pas ; l’adversaire peut distribuer les coups à profusion, il en reste de marbre, inatteignable et inamovible. Secret de vieux… malin !

Par la suite, s’est posée la question de la surveillance du vote (contrôle de la régularité du scrutin). C’était le nœud gordien qu’il fallait trancher pour éviter des coups en dessous de la ceinture.

Il est notoirement connu qu’on ne mord pas la main qui nous nourrit.  Elecam, à défaut d’être une excroissance du parti au pouvoir, est quand même de par sa nomenclature, un organisme cerné de toutes parts par les partisans du parti au pouvoir.  Il n’y avait pas de risque qu’il en soit autrement de la Commission Nationale de Recensement Général des Votes, dirigée par un magistrat qui a eu toutes ses promotions sous le président sortant, et qui a eu l’honneur d’être désigné par lui, membre du très sélect Conseil Constitutionnel. Il fallait donc jouer serré pour, le moment venu, être capable de démontrer que dans les bureaux de vote,  on avait été victime d’entourloupe. Cela passait par une mobilisation des ressources humaines pour la scrutation dans les bueraux de votes. Que nenni !, l’opposition camerounaise a préféré compter niaisement sur la bonne foi de l’adversaire, en s’inscrivant aux abonnés absents dans une partie de féroces crocs-en-jambes qu’elle entendait transformer en balade de santé. Même le candidat le plus représenté dans les bureaux de vote s’est enorgueilli d’avoir  déployé 5000 scrutateurs, alors qu’il en fallait près de 25.000. Or pour l’occurrence, le Rdpc du candidat président sortant  faisait le plein du requis.

 

Péché capital : l’ignorance presque intégrale du processus électoral

« Il  n’est pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, » a-t-on coutume de dire. Et le refus de l’opposition d’entendre ou d’entendre raison, restera à jamais l’une de ses marques distinctives. Depuis que durent les élections pluralistes au Cameroun, il a été inlassablement été répété à l’opposition que quand on veut renverser un régime par la voie des urnes, la seule et unique arme dont elle doit se servir, c’est l’électeur, et la carte d’électeur, la munition. Le moyen de se procurer l’arme et la munition ? Elémentaire, mon cher Watson !, c’est l’inscription sur les listes électorales

A ce propos, suivons le militant du Rdpc, Engelbert Essomba Bengono (membre de la sous-commission de Communication du candidat-président de la République sortant, Paul Biya), qui dans une démonstration magistrale intitulée « Les candidats de l’opposition camerounaise maîtrisent-ils le processus électoral ? », enseigne à l’opposition camerounaise le b+a = ba du processus électoral qu’ils devraient assimiler avant de prétendre à quoi que ce soit :

« En examinant de près les faits et gestes mais aussi les actes et les sentiments de ce « président » autoproclamé d’une saison, et ceux des autres candidats malheureux de cette élection, une question lancinante nous vient à l’esprit : maîtrisent-ils vraiment bien le processus électoral de notre pays ?

Le processus électoral comprend trois phases  ayant chacune ses spécificités et ses règles qu’il faut bien maîtriser. La parfaite connaissance de ces règles confère aux différents candidats une certaine crédibilité aux yeux de l’électorat de notre pays.  Hélas, Tout tient dans deux mots que les opposants n’aiment pas : les mots « commissions électorales ». Tenez !

La loi n°2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral, modifiée et complétée par la loi n°2012/017 du 21 décembre 2012 créent les commissions électorales mixtes. Elles sont chargées respectivement des opérations préparatoires aux élections, de l’organisation et de la supervision des opérations électorales, des opérations de vote et du recensement général des votes (articles 49 à 69 de la loi).

L’urgence d’apprendre de ses échecs

1).Les opérations préparatoires aux élections sont : L’établissement et la révision des listes électorales ainsi que l’établissement et la distribution des cartes électorales. L’absence volontaire de l’opposition dans ces commissions est à l’origine de ses échecs électoraux répétés.

C’est en effet pendant ces opérations préparatoires aux élections qu’on construit une victoire électorale. C’est au sein de ces commissions qu’on nourrit les urnes, en inscrivant ou en faisant inscrire le maximum de ses militants, amis et sympathisants c’est-à-dire les personnes qui, le jour du scrutin, viendront voter, indiscutablement pour vous ou pour le candidat de votre parti. L’article 52 de la loi ouvre la possibilité à tout parti politique légalisé et présent sur le territoire de la commune concernée de faire partie de ces commissions. Ces commissions ont un défi à relever : développer le potentiel électoral du pays. Elles doivent inscrire et faire inscrire le maximum d’électeurs.

Il y a ensuite les commissions de contrôle de l’établissement et de distribution des cartes électorales. C’est dans ces commissions de deuxième ligne qu’on contrôle et s’assure que les cartes électorales des personnes inscrites sont établies et distribuées de telle manière que chaque personne inscrite ne détienne qu’une seule carte en son nom, au lieu indiqué. Quand cette commission fonctionne bien, aucun doublon, aucun oubli, aucune omission ne sont envisageables. Des performances et de l’efficacité de cette commission dépend en définitive la popularité d’un scrutin.

2).Dans la deuxième phase du processus électoral, il y a les commissions locales de vote. C’est ici que l’opposition camerounaise commet sa deuxième plus grosse faute. Par son absence, elle perd toute possibilité de faire prospérer ses contestations ou ses réclamations éventuelles sur le processus.

L’article 54 de la loi portant code électoral crée une commission locale de vote pour chaque bureau de vote. Chaque candidat à une élection doit y être représenté.  En clair, le candidat qui veut gagner doit être représenté dans toutes les commissions locales de vote correspondant à tous les bureaux de vote.  Cette commission est compétente pour connaître et se prononcer sur toutes les difficultés liées à l’organisation,  au déroulement et au dépouillement du scrutin. Elle dresse un procès-verbal de toutes les opérations du scrutin. Ce procès-verbal est signé du président et des membres présents et adressé au chef d’antenne communale d’Elecam. La commission est tenue de faire mention de toute contestation formulée par un membre de la commission locale de vote, par un candidat, un électeur ou toute personne intéressée. Autrement dit, c’est au sein de cette commission que se structure les éléments du contentieux électoral, le cas échéant. Un procès-verbal qui indique «  rien à signaler » ou « RAS » ne permet pas de gagner le contentieux.

Le procès-verbal de la commission locale de vote contient le décompte des votes. Il est établi en autant d’exemplaires qu’il y a de membres présents. Autrement dit, un candidat absent n’aura pas d’exemplaire de ce procès-verbal. Dès lors, comment comprendre qu’un candidat qui ne détient qu’une partie infime des procès-verbaux d’un scrutin puisse s’en autoproclamer vainqueur ? Comment comprendre ensuite qu’un candidat absent des ¾ des commissions locales de vote puisse quand même introduire une demande en annulation du scrutin sans détenir ces procès-verbaux essentiels qui doivent indiquer déjà, dès le bureau de vote, les points de contestation qui fondent la demande d’annulation ?

Les  chefs d’antenne d’Elecam doivent faire parvenir un exemplaire du procès-verbal de la commission locale de vote à la commission départementale de supervision de l’élection dans les 48 heures qui suivent la clôture du scrutin.

3).La troisième phase commence après le jour du scrutin. C’est la phase d’action de la commission départementale de supervision de l’élection d’une part, et de la commission nationale de recensement général des votes d’autre part.

La première commission de cette phase se réunit autour du Président du tribunal de grande instance du département concerné. Elle comprend,   entre autres membres, les représentants de tous les candidats. Elle contrôle toutes les opérations préparatoires aux élections, connait des contestations ou réclamations concernant les listes électorales et les cartes électorales, assure le contrôle de la distribution des cartes électorales, ordonne toutes rectifications rendues nécessaires à la suite de l’examen des réclamations ou contestations dirigées contre les actes des commissions des opérations préparatoires, centralise et vérifie les opérations de décompte des suffrages effectuées par les commissions locales de vote ainsi que tout document y relatif. En cas de simple vice de forme, elle peut en demander la régularisation immédiate aux membres de la commission locale de vote.

Elle reçoit donc des chefs d’antenne communale d’Elections Cameroon (Elecam) un exemplaire du procès-verbal de chaque commission locale de vote, appuyé de toutes les pièces annexes. En clair, chaque représentant de candidat devrait siéger au sein de cette commission qui, en cas de contentieux, joue le rôle de deuxième degré de juridiction en matière électorale. C’est ici que, le cas échéant, les points de contestation d’un candidat trouvent leur consistance juridique et éventuellement leur qualification.  Ne pas y siéger ou y siéger sans les procès-verbaux est inopérant pour le candidat qui veut contester le scrutin devant le conseil constitutionnel.

La commission départementale dresse  un procès-verbal de ses travaux. Ce procès-verbal est établi en autant d’exemplaires qu’il y a de membres présents. Il est transmis accompagné de ceux des commissions locales de vote  à la commission nationale de recensement des votes dans les 72 (soixante-douze) heures.

La commission nationale de recensement général des votes, quant à elle, fait l’objet des articles 68 et 69 de la loi portant code électoral.

C’est au sein de cette commission que les résultats des élections, les réclamations des uns et les contestations des autres trouvent leur début d’aboutissement. Aux vues de de sa composition, de ses prérogatives et du caractère public de ses travaux, la commission nationale de recensement général des votes peut être considérée comme le lieu de mise en forme des votes en vue de leur proclamation ou de leur contestation, le cas échéant. La commission nationale dispose d’un délai de cinq jours pour dresser le procès-verbal de ses travaux et le tenir au conseil constitutionnel dont les décisions relatives aux opérations électorales, aux résultats des élections et aux candidatures son verdict… ».

 

A la lecture de ce qui précède, et au regard du comportement affiché par l’opposition aussi bien à la phase préliminaire des inscriptions sur les listes électorales qu’à celle de la supervision des votes au niveau départementale, antépénultième phase avant le contentieux où elle a brillé comme par le passé par le discours politique en lieu et place des moyens de ses allégations, on peut convenir avec un avocat défendant la cause d’Elecam devant le Conseil Constitutionnel que pendant que le candidat Biya préparait les élections, ceux de l’opposition préparaient le contentieux électoral. Vivement la remise en question des partis de l’opposition camerounaise afin de rattraper le coach aux élections municipales et législatives de 2019.

 

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