PRIX NOBEL DE LA PAIX 2021: PUIS NJAWE LE TROISIÈME LAURÉAT QUE L’HISTOIRE N’A PAS VOULU

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PRIX NOBEL DE LA PAIX 2021

PIUS NJAWE LE TROISIEME LAUREAT QUE L’HISTOIRE N’A PAS VOULU

À quelques rares exceptions près (Mgr Desmond Tutu 1984, Nelson Mandela 1993, Wole Soyinka 1986, Dr Mukwegue 2018), le prix Nobel a rarement passionné les foules africaines. Pour cause, récompense élitiste par nature, elle n’intéresse en Afrique que les élites mondialisées, une denrée ultra minoritaire, très souvent coupées du peuple et dont la seule préoccupation est de plaire à l’Occident qui l’a fabriquée. Plus grave, à part Nelson Mandela et dans une certaine mesure Mgr Desond Tutu et Dr Denis Mukwegue, peu de lauréats jusqu’ici partageaient la vie des peuples au point qu’ils puissent s’identifier à leurs combats.
Pourtant cette année, s’il n’y avait pas eu un de ces accidents de l’Histoire (au propre et au figuré) pour imprimer un autre cours à l’évolution des choses, une première serait probablement venue du Cameroun.

Combat courageux pour la liberté de la presse

Pour preuve, le prix Nobel de la paix 2021 a été décerné le vendredi dernier à Maria Ressa et Dmitri Muratov, deux journalistes l’une philippine et l’autre russe. Selon le comité Nobel, les
deux journalistes sont récompensés pour leur combat courageux pour la liberté d’expression qui est une condition préalable à la démocratie et à une paix durable. C’est la première fois que la liberté de la presse, préoccupation combien populaire dans des peuples en lutte, est ainsi récompensée du prestigieux prix international.
Maria Ressa (58 ans), avec son média d’investigation Rappler cofondé en 2012, utilise la liberté d’expression pour exposer les abus de pouvoir et l’autoritarisme croissant dans son pays natal, les Philippines, dirigé par Rodrigo Duterte, salue le comité Nobel. Un monde sans faits signifie un monde sans vérité et sans confiance, a réagi Maria Ressa.
De son côté, Mouratov, agé de 59 ans, est un des fondateurs et rédacteur en chef du journal russe Novaïa Gazeta. Il a depuis des décennies défendu la liberté d’expression en Russie dans des conditions de plus en plus difficiles, a souligné le jury. Dmitry Muratov a d’ailleurs choisi de dédier son prix à Novaïa Gazeta et ses journalistes tués.
Jusqu’ici, ces deux lauréats ne disent pas grand-chose aux africains en général et aux camerounais en particulier.
Pourtant, lorsque nous avons pris connaissance de ce prix, nous avons aussitôt pensé à notre regretté Pius Njawe national, dont nous fêtions le 12 juillet dernier le 10e anniversaire de la disparition tragique aux Etats-Unis d’Amérique, dans un énigmatique accident de circulation. Le 04 mars 2021 dernier, il aurait eu 64 ans et si on se réfère à son combat pour la même cause et à la réputation internationale qui était déjà la sienne au moment de sa mort, alors que les deux journalistes primés aujourd’hui n’étaient encore que des illustres inconnus, on se dit que l’histoire a joué un vilain tour au Cameroun en écartant tragiquement son candidat que les deux lauréats d’aujourd’hui auraient tout simplement accompagne, s’il était encore vivant, vus ses états de service.
En 2019, le journaliste camerounais Remy Ngono le qualifiait de « L’Émile Zola camerounais » en traçant un parallèle entre le parcours et la vis des deux journalistes qui font d’eux des icones de leurs siècles (19e pour Zola et 20e pour Njawe) dans leurs pays et sur leurs continents dont le combat pour la liberté d’expression, la démocratie et les droits de l’homme a fait d’eux des héros de l’humanité toute entière.
En effet, dans les années quatre-vingt-dix et deux mille, Pius Njawe et son groupe Le Messager ont fait l’objet de nombreuses censures et pressions diverses par le régime du président Paul Biya autant que les deux journalistes ci-dessus primés plus de dix ans après. Ensuite tout comme eux, il a été emprisonné à plusieurs reprises, notamment à la fin des années 1990, mais il a continué à dénoncer la situation critique du journalisme indépendant au Cameroun, en Afrique et dans le monde ou il eut droit à de nombreuses couronnes et aux honneurs de certaines des plus grandes têtes couronnées comme le Président Nelson Mandela et le Secrétaire General des Nations Unies Koffi Annan. Il était ainsi connu dans le monde entier comme l’un des acteurs majeurs du processus de libéralisation de la parole publique. Par conséquent, il est presque certain que si Pius Njawe était encore en vie, il serait au faite de sa gloire et probablement autant ou plus connu mondialement que les deux lauréats d’aujourd’hui et l’Afrique en tant que l’une des terres martyres ou ce combat est le plus d’actualité, n’aurait pas été absent de ce tableau de 2021, dans une trilogie des plus justifiées. Malheureusement l’Histoire ne l’a pas voulu. Repose en paix cher ami car ce prix est aussi le tien.

Evariste FOPOUSSI FOTSO, Ancien Député et cadre du Fotso

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