Projet Stdf Cameroun: Le poivre de penja à la quete du marché européen

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Réné claude METOMO ELOGO(Pdt de l’indication géographique du poivre de Penja)

Lancées le 24 octobre 2019 à Douala, le projet Stdf Cameroun, d’une valeur de 350 millions de Fcfa sur une durée de 3 ans, les réunions de sensiblisation et d’informations des parties prenantes sur les activités en cours et futur, se poursuivent dans les dififférents bassins de production, selon un planning arrêté depuis le 16 janvier et qui finira le 28 janvier 2020. Question d’améliorer la qualité sanitaire et phytosanitaire du poivre de Penja, afin de faciliter son accès sur les marchés internationaux (Union européenne, Usa, Canada, etc.).

Fort du constat selon lequel les petits producteurs ne vont pas souvent se former          avant de se livrer à la production, le projet Stdf Cameroun a pour mission de ramener ces derniers, qui sont sa cible, dans le respect des normes. Raison pour laquelle lors des réunions, il est beaucoup plus question de renforcements des capacités, avec des formations sur les normes sanitaires, les mesures sanitaires, les bonnes pratiques agricoles ; les bonnes pratiques de la transformation, de la commercialisation, bref de tout ce qui concerne les bonnes pratiques en agriculture dans toute la chaîne de valeur du poivre de Penja. Il s’agit aussi d’informer le plus d’acteurs possibles, afin d’améliorer les capacités des producteurs.

D’une manière générale, la première phase de sensiblisation des acteurs de la chaîne de valeurs des producteurs du poivre concerne tous les acteurs des cinq bassins, sur le projet de la qualité sanitaire et phytosanitaire du poivre, qui est un projet financé par Stdf Cameroun à hauteur de 350 millions de Fcfa sur une durée de 3 ans, dans le but de permettre d’améliorer la compétence de l’ensemble des acteurs du pépinériste jusqu’au producteur finale, en passant par le transformateur, le transporteur, sur l’ensemble des bonnes pratiques d’hygiène sanitaire et phytsanitaire, afin que le poivre de Penja puisse se positionner sur le marché mondial comme un poivre de qualité supérieure. Autrement dit, il est particulièrement question de conformer le poivre de Penja aux exigences internationales des marchés en matière Sps, sans altérer sa qualité traditionnelle.

Parmi les principaux résultats attendus, il s’agit de mieux comprendre les risques sanitaires et phytosanitaires, les bonnes pratiques et les exigences d’accès aux marchés ; renforcer les capacités des parties prenantes du poivre de Penja au Cameroun sur l’amélioration de la qualité et de la sécurité du poivre de Penja ; améliorer les capacités des installations à fournir un environnement approprié pour le développement et la mise en œuvre de bonnes pratiques ; sensibiliser et promouvoir le dialogue public/privé à travers la création et la structuration d’une plate-forme d’échanges des parties prenantes…

Sur un autre plan, ce projet contribue non seulement à améliorer la qualité sanitaire et phytosanitaire du poivre de Penja, en vue de faciliter son accès aux marchés et, mais constribue aussi à la réduction du  niveau de pauvreté des acteurs de ladite filière et constitue donc une source majeure d’emplois ruraux, si tant est que la quasi-totalité du poivre de Penja est produite par des petits exploitants disposant de terres de moins de trois hectares. Par conséquent, l’amélioration de la situation économique des poivriers de Penja est essentielle pour accélérer l’éradication de la pauvreté et des conditions de vie précaires.

En réalité, la promotion de meilleures pratiques à tous les stades de la chaîne de valeur du poivre de Penja, de la production à l’exportation, doit se traduire par la production de poivres de bonne qualité, conformes aux réglementations internationales. C’est pourquoi, le projet s’articule autour de plusieurs axes, notamment l’identification des risques sanitaires et phytosanitaires à tous les stades de production, de récolte et de conditionnement ainsi que la définition des bonnes pratiques en lien avec les risques identifiés ; le renforcement des capacités des différents acteurs de la filière, afin qu’ils appliquent les bonnes pratiques et l’amélioration des installations, qui permettront de produire des poivres conformes aux exigences Sps et qui répondent aux demandes des clients.

Des inquiétudes…

Malgré la structuration de la filière, la spécialisation des acteurs et la coordination des activités, l’organisation fait face à des problèmes qui empêchent son potentiel de développement de s’exprimer pleinement. Ces freins pourraient à l’avenir constituer un obstacle majeur à sa commercialisation sur les marchés à haute valeur ajoutée. Par exemple, au niveau sanitaire, on peut noter  le non-respect systématique du cahier de charges des bonnes pratiques destiné aux petits producteurs membres du groupement d’Indication géographique poivre du Penja (Igpp) en ce qui concerne l’utilisation des pesticides et engrais homologués ; ƒ le non-respect des limites maximales des résidus (Lmr) européennes. En rappel aucun produit antiparasitaire n’est actuellement homologué au Cameroun pour contrer les maladies et insectes du poivre.

A ceci s’ajoute le risque de contamination par des mycotoxines au cours du traitement et du stockage : moins de 10% des acteurs du groupement Igpp utilisent de manière systématique les Equipements de protection individuelle (Epi) ; la qualité des eaux utilisées pour le lavage du poivre est peu contrôlée ; la protection des aires de séchage du poivre n’est pas systématique.

Au niveau phytosanitaire, on remarque la présence de ravageurs qui rongent des feuilles et abîment le poivre; le nouveau règlement sur la santé des végétaux de l’Ue – Règlement Ue 2016/2031 applicable le 14 décembre 2019 qui pourrait avoir un impact sur la filière.

Pour ce qui est de la qualité du poivre, on signale l’existence de débris végétaux dans les produits finis ; le non-respect du taux d’humidité accepté dans certains produits finis ; les difficultés dans le choix des emballages spécifiques par type de poivre (blanc, noir, rouge), et l’existence sur le marché des poivres Penja mélangés avec d’autres poivres ne respectant pas le cahier des charges imposé par l’Igp.

A en croire les dirigeants du projet Stdf Cameroun, la première phase du projet permettra d’identifier tous les problèmes sanitaires et phytosanitaires qui peuvent survenir lors des différentes phases de production du poivre. Les appuis techniques prévus seront dimensionnés et priorisés selon l’importance des différents problèmes identifiés. Selon la première analyse réalisée, les principales difficultés que rencontre la filière poivre étant d’ordre sanitaire, la formation des acteurs, dont les pépiniéristes/semenciers, les producteurs, les transformateurs (rouissage, lavage, séchage), les employés des centres d’agréage et de conditionnement (emballage, codage et traçabilité), les distributeurs ainsi que les transporteurs, permettra ensuite, à l’aide du matériel technique et didactique développé, de transmettre les messages clés à tous les acteurs afin qu’ils se les approprient et appliquent les bonnes pratiques. Les parties prenantes ciblées par le projet comprennent les pépiniéristes, les petits producteurs, les grands producteurs, les distributeurs d’intrants agricoles, les transformateurs et les exportateurs, mais également les autorités nationales et régionales responsables de la délivrance des certificats phytosanitaires.

Par ailleurs, la diffusion et le partage des connaissances relatives aux bonnes pratiques en matière Sps et de sécurité des aliments serviront de fil conducteur à toutes les activités du projet dont les campagnes d’information, les formations et les approches de partage des connaissances. Les liens seront facilités entre les parties prenantes du projet, y compris les entreprises privées et les organisations publiques. Le projet visera donc à s’assurer que le poivre de Penja soit produit et transformé dans des meilleures conditions Sps par l’harmonisation des cahiers de charge actuels avec les normes Sps internationales, l’adoption de bonnes pratiques agricoles (bpa), bonnes pratiques phytosanitaires (bpp), bonnes pratiques d’hygiène (bph) et bonnes pratiques de fabrication (Bpf) basées sur la norme Haccp. Bien que ce projet se concentre sur le poivre de Penja, les mêmes compétences et pratiques seront transférables non seulement à la production du poivre qui a depuis longtemps quitté sa zone ancestrale pour se retrouver dans tout le grand sud du Cameroun, mais encore à d’autres cultures présentant des risques similaires.

                                                                                             Igor Chakoua

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