Recrutement spécial de 2000 enseignants dans les Universités d’Etat: Dialogue de sourds entre le MINESUP et les « indignés »

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« Nous avons commencé notre action en écrivant au Président de la République, parce qu’il est notre père à tous pour lui faire savoir que seul un recrutement massif peut permettre de réduire le fossé actuel que l’on constate au niveau du ratio étudiants-enseignants dans notre pays par rapport à la norme prônée par l’Unesco. Sa décision de lancer un recrutement spécial de 2000 enseignants dans les universités d’Etat nous a paru comme une réponse favorable de notre père à notre demande. A notre grande surprise, on commence à nous parler d’un recrutement par vague avec la possibilité pour les nouveaux titulaires du Doctorat et du PHD qui sortent par centaines de nos universités chaque année de rattraper le train en marche et pourtant il y a des docteurs qui travaillent depuis plus de 15 ans dans nos universités sans aucune reconnaissance ni considération administrative. » Ces propos d’un des titulaires d’un doctorat ou d’un PHD  ayant pris d’assaut un coin de l’esplanade de l’immeuble interministériel N°2 abritant les services du ministère de l’enseignement supérieur à Yaoundé plante le décor d’une situation qui tient l’opinion en haleine depuis plusieurs mois maintenant.

Des diplômés de Master 2 préférés aux titulaires de Doctorat/Phd

Pour ce docteur ayant souhaité garder l’anonymat, les modalités fixées à postériori pour l’application de la décision du chef de l’Etat ont complètement dénaturé sa volonté et laissé place au trafic d’influence et au favoritisme qui a selon lui pignon sur rue dans notre pays. Comme argument, le Docteur moniteur à l’Université de Dschang évoque la présence dans la liste définitive de la première vague objet de leur contestation de certaines recrues ayant le Master II pour diplôme le plus élevé. Une véritable incongruité quand on sait que le recrutement spécial du chef de l’Etat n’était ouvert qu’aux titulaires d’un doctorat ou d’un PHD. Bien plus encore, notre source accuse les critères de sélections qui n’auraient pas pris en compte l’ancienneté et les états de services des uns et des autres. Ainsi, il se trouverait que certaines recrues aient été formées par des moniteurs, ont candidaté à ce recrutement avec leurs ainés et ont réussi tandis que leurs ainés sont invités à attendre la prochaine session. C’est le cas du Dr Lekane Mvomo Brigitte, l’une des grévistes et par ailleurs ancienne monitrice à l’Université de Yaoundé II-Soa (elle a perdu ce statut de monitrice suite à l’application des textes de l’UYII qui fixe à 41 ans l’âge limite pour être moniteur) qui a été placée en soins intensifs dans une structure hospitalière de la place pour avoir ingurgité une dose de poison pour se suicider alors qu’une escouade de policiers tentaient de les déloger de force de l’esplanade de l’immeuble interministériel N°2. De source crédible, son pronostic vital serait engagé.

Afin d’éviter que les mêmes causes(le favoritisme et le trafic d’influence) ne produisent les mêmes effets, c’est-à-dire la mise sur la touche des moniteurs qui travaillent depuis des dizaines d’années à la formation de la jeunesse estudiantine sans aucune reconnaissance administrative de nos universités d’Etat et qui si rien n’est fait seront frappés par le verrou de la limitation d’âge fixé à 45 ans dans le cadre de ce recrutement spécial comme dans d’autres voies de recrutement des enseignants du supérieur, les enseignants grévistes regroupés au sein d’un syndicat demandent purement et simplement qu’une liste additive soit établie pour les insérer dans cette première vague de recrue afin de barrer la voie à toute forme de magouilles qui pourraient une fois de plus les disqualifier lors des prochaines sessions. Ils n’accordent aucun crédit aux assurances et autres promesses du ministre d’Etat, ministre de l’enseignement supérieur qui a convoqué la presse ce mardi 17 décembre 2019 à l’effet d’apporter des éclaircis sur le processus ayant conduit à la sélection de 1237 titulaires du doctorat ou du Phd constituant ainsi la première phase .Pour le Pr Jacques Fame Ndongo, qui est apparu pas au fait des revendications réelles de ceux qu’il a lui-même baptisé les « indignés » et impuissant vis-à-vis de leur situation, il n’y a pas eu de « tripatouillage » lors des travaux de la commission centrale de supervision que préside le ministre secrétaire général des services du premier ministre le Pr Magloire Séraphin Fouda comme l’a laissé entendre la presse et les réseaux sociaux. 

Cesser la grève et croire à la clairvoyance du Chef de l’Etat

Le grand chancelier des ordres académiques assimile le cas du candidat ayant été retenu avec un master II porté à son attention à une tentative de tromperie de la commission par cet individu. Il promet qu’après vérification, si ce cela est avéré, cette personne sera radiée de la liste. En père de famille, le ministre d’Etat a invité ses jeunes frères à faire preuve de patience car ce recrutement spécial se poursuivra en 2020 et 2021. Malgré que ces derniers aient refusé de venir à sa rencontre, il leur a demandé lors de ce point de presse de cesser la grève et de croire en la clairvoyance du Président de la République qui pourrait encore faire preuve de magnanimité si leurs doléances lui étaient soumises. Les enseignants grévistes assurent qu’ils continueront à faire le pied de grue jusqu’à ce que leur camarade le Dr Lekane Mvomo Brigitte se rétablisse et après que les assurances de le leur recrutement futur soit acté par écrit. En attendant l’issue de ce qui s’apparente à une crise, le ministre d’Etat accueille ses visiteurs « spéciaux » à sa manière. « L’autre jour il a envoyé un commerçant nous donner des galettes. Pour nous c’est une insulte car nous sommes certes en grève de la faim mais nous ne sommes pas des mendiants. Malgré la précarité dans laquelle ils veulent nous plonger, nous valons plus que des galettes » affirme un gréviste. Nous y reviendrons.

                                                                                                              Stève Goldas Ngankam

 

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