Université de Dschang: Le Pr Maurice Tsalefac laisse orphelin ses étudiants ! Le doyen de la faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) est décédé le 18 avril dernier à l’hôpital régional de Bafoussam des suites du Covid-19…

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ADIEU, MAURICE !

Le Professeur Maurice Tsalefac, Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’Université de Dschang (UDs), est décédé vers 04 heures dimanche 18 avril 2021 à l’Hôpital régional de Bafoussam. Quelques jours avant, il avait été testé positif à la COVID-19. Interné à l’Hôpital de district de Dschang, il a par la suite été référé le vendredi 16 avril à Bafoussam. Sous oxygène aussi bien à Dschang que pendant son transfert et son internement de 48 heures à Bafoussam, il n’a pas survécu à la maladie malgré toute l’attention médicale dont il a bénéficié.

Le Prof Tsalefac avait accédé aux fonctions de Doyen le 10 décembre 2014 en remplacement du Prof Charles Robert Dimi admis à faire valoir ses droits à la retraite. Celui qui fut dans sa jeunesse un redouté défenseur au football surnommé Django, un élève et un étudiant acharné au Collège Saint-Laurent de Bafou, au Lycée Joss de Douala et à l’Université de Yaoundé, un enseignant-chercheur dévoué dans les universités camerounaises et étrangères, n’aura pas conduit sa carrière professionnelle à terme. Il quitte en effet la scène avant sa retraite institutionnelle. Professeur titulaire des universités depuis 2005, l’enseignant émérite de climatologie est ainsi rappelé à Dieu à soixante-quatre ans. Son passage à la tête de la Faculté, dans un contexte socioprofessionnel difficile, a été remarqué sur plusieurs plans.

C’est en effet sous le Prof. Tsalefac que la FLSH de l’UDs prend le leadership des établissements supérieurs de formation en lettres et sciences humaines au Cameroun. On lui doit la mise en place de nombreuses formations professionnelles et professionnalisantes dont, en particulier, celles de géomatique, cartographie et systèmes d’information géographique. Sous lui, la Faculté a connu la restructuration de son Unité de formation et de recherche baptisée Dschang School of Arts and Social Sciences (DSASS) dont il était, en sa qualité de Doyen, le Directeur. Sous lui aussi, l’établissement a accueilli son premier centre de recherche : le Centre d’Etudes et de Recherches en Espace, Arts et Humanités (CEREAH). Sous son « règne » également, la Faculté a réorganisé ses laboratoires (unités de recherche) et ses Départements académiques. L’homme a tout de même passé un temps tumultueux à la tête de cet établissement, notamment avec des mouvements d’humeurs d’enseignants revendiquant le paiement de leurs prestations académiques. Il a courageusement affronté la crise malgré le déficit de moyens qui frappe tous les établissements universitaires à petits effectifs … jusqu’à la mort.

Les géographes en général et les spécialistes de la géographie physique en particulier perdent ainsi un brillant expert climatologue-environnementaliste. Au sommet de sa science et de son expertise, le Prof Tsalefac représenta le Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) au sommet Rio + 20 en 2012 au Brésil. Il a ainsi participé aux négociations pour le développement durable et la promotion de l’économie verte dans le monde. Avant sa nomination comme Doyen, celui qui était jusque-là Vice-Doyen chargé de la programmation à la FLSH de l’UDs ne passait jamais véritablement un mois plein à Dschang. Il volait d’avion en avion, sollicité qu’il était aussi bien pour des consultations au profit des Etats que pour des enseignements de haut niveau dans les universités nationales et étrangères. C’est véritablement sa nomination comme Doyen qui l’a rendu sédentaire à Dschang du fait de sa lourde charge et des défis qu’il était appelé à relever.

Nombreux sont ses collègues qui gardent de lui le souvenir d’un dirigeant sans problème. Le témoignage du Prof Louis Bertin Amougou, l’un de ses Vice-Doyens, ainsi résume ce souvenir : « Le Doyen en trois mots dans l’océan plus que souvent remonté de la FLSH : paix, bonté, humilité. Il nous manquera dans cette saison de prétentions outrancières et de vanités. Paix éternelle à son âme. » S’il y avait un qualificatif qui permettrait de caractériser son management, ce serait la simplicité. Durant son séjour d’une semaine dans les hôpitaux, l’on a vu se complexifier la maladie de cet homme simple. Tous ceux avec qui il a été interné au même moment pour le même motif ont eu la vie sauve. Mais lui qui, dans sa simplicité ordinaire, pensait qu’il n’y avait rien de grave, est passé à trépas.

Des enseignants de la FLSH entendent lui rendre un hommage bien mérité sous réserve, pensent-ils, des orientations qu’ils attendent de sa famille biologique, de sa famille académique et surtout de l’institution. Usuellement, les hôpitaux donnent 48 heures aux familles pour retirer de la morgue les corps testés positifs à la COVID-19 et les enterrer immédiatement. Si cela s’applique, l’inhumation du Doyen aurait lieu le mardi 20 avril. Mais les autorités sanitaires pourraient si possible, à la demande de la famille, rallonger le délai pour la levée du corps. Les hommages académiques, quant à eux, pourraient être organisées ultérieurement, comme cela avait été le cas pour le Prof Grégoire Kamdjo de l’Institut Universitaire de Technologie Fotso Victor de Bandjoun, premier enseignant-chercheur de l’UDs à tomber, en 2020, des suites de la COVID-19.

En attendant, il convient de relever que la FLSH perd ainsi tragiquement un deuxième membre en l’espace d’environ un mois. Avant le Doyen, la Faculté et l’université avaient en effet fait le deuil du Délégué Général du personnel de l’UDs et Vice-Président du Syndicat National des Personnels non-enseignants des Universités du Cameroun, M. Djiatsa Crovice Auberlin. Lorsqu’il est décédé, l’essentiel du personnel du décanat avait déserté les bureaux. Le Prof Tsalefac a dû solliciter les services de la mairie pour désinfecter le bâtiment afin de les convaincre d’y revenir : un acte de responsabilité !

Plusieurs personnes, parmi lesquelles des enseignants et personnels administratifs, ont été attaquées au COVID-19 ces derniers mois dans la Région de l’Ouest où le taux de prévalence se situe, selon certaines sources, largement au-dessus de 10%. Quelques-unes en sont décédées, comme le Prof Agofack de la Faculté des Sciences, mais beaucoup ont été soignés et guéris. De l’avis des médecins de l’Hôpital de District de Dschang en charge du suivi des patients de la COVID-19, lorsque le diagnostic est fait à temps, le malade trouve la guérison, sauf dans des cas particuliers de complication ou de complexification. De manière générale, le taux de guérison à ce jour se situe au-dessus de 95% lorsque la prise en charge médicale est effective. Le Directeur de l’hôpital, Dr Michel Noubom, pense que la prévention devrait monter d’un cran avec le vaccin déjà disponible à Dschang.

Face à cette nouvelle vague d’attaque à la COVID-19 à l’Ouest, le Gouverneur, M. Awa Fonka Augustine, a récemment pris des mesures administratives d’interdiction ou de limitation de participation à certains événements populaires, en particulier les obsèques et les funérailles. Avant cela, et voyant venir le danger dès janvier sur la base des analyses des experts de l’institution, le Recteur de l’UDs, Prof. Roger Tsafack Nanfosso, avait prescrit, en cohérence avec les mesures gouvernementales de lutte, le testing massif des membres de la communauté universitaire. Ce testing massif réalisé par le personnel du Centre Médico-Social (CMS) de l’UDs rentrait dans le plan de veille épidémiologique universitaire défini par la task-force anti-COVID créée à l’université en 2020. Ledit plan a également organisé la prise en charge des personnes victimes dont le schéma est aujourd’hui mis en œuvre.

A l’épreuve, la communication institutionnelle de l’UDs reste axée sur la prévention par l’application des mesures traditionnelles d’hygiène (lavage et/ou désinfection des mains), le port du masque facial de protection, la distanciation physique, la désinfection régulière des salles, la consultation au CMS dès les premiers symptômes, etc. Sans réserve, des moyens matériels et humains sont ainsi mobilisés pour combattre décisivement en milieu universitaire cette « nouvelle » maladie.

La communauté universitaire est mobilisée autour du message qu’ainsi lui laisse le Professeur Maurice Tsalefac. La Dynamique Collective dont il était un grand et fervent soldat perd en lui un de ses gladiateurs galactiques. Pendant qu’elle accuse le coup et réagit, nous avons le temps de dire : Adieu, Professeur ! /
*Alexandre T Djimeli*

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