VERS UN RAMADAN SANS SUCRE

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Sosucam
Sosucam

La rareté du produit suscite de graves inquiétudes.

Sosucam

 

A moins de 6 semaines seulement du début du mois de Ramadan, la pénurie du sucre dans les régions septentrionales « … Où sont passées les 1 000 tonnes du sucre disponibles  à N’Gaoundéré annoncées le mois dernier par la Sosucam ? Nous avons parcouru toute la ville, nous n’avons pas vu ce sucre là. Les camions sont immobilisés depuis plusieurs jours attendant  d’être livrés afin d’acheminer le sucre dans les localités environnantes où nous avons des clients qui ont commandé une importante quantité du sucre.», se demande Ibrahim, commerçant à Mora, dans la région de l’Extrême-Nord.

Comme lui, beaucoup d’autres opérateurs économiques du Grand-Nord éprouvent ce même sentiment d’anxiété.  Une anxiété qui s’expliquerait par le fait que dans les usages des opérateurs économiques du septentrion, le mois de mai constitue la période d’approvisionnement par excellence en produits alimentaires, en prélude à la fête de Ramadan qui démarre le mois suivant. Alors que les denrées alimentaires telles que le riz, le maïs, la farine, l’huile et le lait sont disponibles, le sucre est introuvable. Pourtant, la consommation du sucre est très forte durant la période de jeûne. Selon les statistiques, la demande du sucre pendant cette période est de 50 000 tonnes contre 25 000 tonnes en période ordinaire. Ce qui représente une plus-value pour les opérateurs de la filière.

Qu’est-ce qui peut expliquer cette rareté du sucre sur certains marchés du triangle national.  C’est qu’en réalité la production nationale annuelle du sucre est de 130 000 tonnes, pour une demande nationale qui oscille entre 250 000 et 300 000 tonnes. Ce qui laisse un gap de 120 000 tonnes à 170 000 tonnes qu’il faudrait combler.

Face aux limites de production de la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam), les pouvoirs publics avaient décidé de mettre en œuvre des programmes spéciaux d’importation du sucre à travers l’attribution des autorisations d’importations aux opérateurs économiques ayant la capacité de le faire. Cette mesure salvatrice a permis de résorber le déficit de production et d’éviter au pays, une situation de pénurie qui aurait eu des fâcheuses  conséquences au plan social.

Contre toute attente, en août 2014, les pouvoirs publics vont suspendre à titre provisoire les autorisations d’importation de sucre, alors que la production nationale n’a pas augmenté et que la Sosucam qui avait promis la mise en œuvre d’un programme d’investissement  pour accroître sa production. Près de 10 mois après cette suspension des importations, le sucre devient de plus en plus rare dans certains marchés. Et lorsque certains réalisent l’exploit de le trouver, les prix ne sont pas à la portée de tous. Le sac de 50 kg coûte entre 28 000 Fcfa et 30 000 Fcfa. En clair, l’offre en sucre reste insuffisante. Contrairement aux déclarations du directeur du Commerce intérieur au ministère du Commerce. Valentin Mbarga Bihina avait déclaré le 25 mars dernier, au terme de la visite des installations de la Sosucam, que l’offre en sucre est abondante. 46 000 tonnes au total dans les magasins de Mbandjock, Nkoteng, Douala et N’Gaoundéré. Le proche collaborateur du ministre du Commerce,  dit avoir constaté que l’offre sucrière s’est accrue par rapport au mois de janvier 2015. Que la production nationale est suffisante et qu’il n’ya aucune alerte sur la capacité de production, conclut-il.  Ces affirmations suscitent au moins deux interrogations : avec une production mensuelle de 10 000 tonnes, par quelle alchimie la Sosucam a-t-elle pu disposer en 3 mois, de 46 000 tonnes de sucre, alors qu’aucun investissement n’a été réalisé pour améliorer l’outil de production ? Si ce n’est pas du sucre issu de la contrebande, quel quota d’importation de sucre Sosucam a-t-elle bénéficié, au titre du programme spécial d’importation ?

LEVER L’INTERDICTION D’IMPORTATION

Les estimations les plus plausibles font état de ce qu’au 20 juin 2015, Sosucam devrait disposer en moyenne 76 000 tonnes, face à une demande estimée à 150 000 tonnes. Un gap de plus de 70 000 tonnes reste à combler. Et si l’on tient compte du fait que c’est au mois de novembre reprend ses activités, l’on se retrouvera avec un gap qui oscille autour de 150 000 tonnes qu’il faut résorber.

En tout état de cause, le constat est là. L’offre nationale en sucre est insuffisante. Elle est loin de satisfaire la demande nationale, surtout lorsque celle-ci atteint la pointe de 50 000 tonnes entre les mois de juin et juillet. Période pendant laquelle, la Sosucam est en arrêt de ses activités.

En dépit des bonnes intentions des uns et des autres en faveur de la société agro-industrielle locale, les réalités du marché sont tellement évidentes qu’on aurait du mal à vouloir faire admettre à l’opinion qu’il y a aucun risque qui se pointe à l’horizon. Et du coup, tous les observateurs aux rangs desquels des dignitaires du Grand-Nord soutiennent  que la levée de la suspension des programmes spéciaux d’importation est l’unique alternative pour  ainsi de désamorcer l’explosion sociale qui se profile à l’horizon du coté du septentrion.

 

Les responsables du chaos.

Si Sosucam est pointé du doigt en premier par les populations et autres commerçants, c’est que le français louis Yinda son Pdg s’est toujours battu pour avoir le monopole de la commercialisation de ce produit de première nécessité au Cameroun. Mais malheureusement son entreprise, même procédant à l’importation, n’arrive toujours pas à faire face à la demande nationale qui est de 300000t contre sa production annuelle chiffré à 130000t.

Le second responsable n’est autre que Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du commerce et pur produit du commerce international, qui avait toujours soutenu depuis son arrivée dans ce ministère que Sosucam était incapable de faire face à la demande nationale. Que s’est-il donc passé en aout 2014 pour que le gouvernement puisse prendre la décision de suspendre les autorisations d’importations du sucre qui pourtant ont toujours permis à ce que le sucre soit disponible dans les marchés et à bon prix à la porté de la bourse du pauvre camerounais face à la vie chère toujours grandissante.

Le troisième n’est autre que Ferdinand Ngoh Ngoh qui a signé la fameuse note d’interdiction « sur très haute instruction »du chef de l’Etat, Paul Biya. Et certains observateurs ont vite fait de s’interroger si le président de la république a été suffisamment informé  par ses collaborateurs sur l’historicité de l’incapacité de l’entreprise française Sosucam à couvrir les besoins du marché camerounais. Car incontestablement la dite décision a occasionné la pénurie sur le marché depuis plus de 5 mois et faisant grimper le prix du 50kg de sac de 23 000f à plus de 30000 Fcfa. Et ce allant en contradiction avec les nombreux discours de Paul Biya sur son combat contre la vie chère. Malheureusement c’est le ramadan et les populations du grand nord qui en paieront le prix fort si rien n’est fait.

                                          Alain Cédric yompa

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